PUCK#80_CÉNACLE | 2020 — 1_LA CHARTE [épisode intégral]
Texte d'abord proposé au journal Le Monde le 16 novembre 2019. Voir Logbook.
(Les numéros entre parenthèses renvoient à des notes non exhaustives, qui ne sont pas appelées à rester en l'état et figurent uniquement ici, sur le site.)
MODIFICATION DU NOMBRE DE PERSONNES, ENTRE LA VIDÉO ET LE SITE : DE 27 À 29.

CÉNACLE | 2020 : « La société française est totalitaire »
En 2020, 29 personnes analysent le présent en France pour démontrer par récurrence : « La société française est totalitaire »*, victime donc non coupable, d’innocente à inconsciente, de son état, de sa collaboration à cet état. Les 50 dernières années, extensibles à 100, sont l’espace-temps du travelling de l’analyse (1)CÉNACLE | 2020 est diffusé en direct sur une chaîne TV, durée : 8 heures.
LA CHARTE
Les 29 personnes composant le cénacle suivent sa charte (2), sont unies par un néo-humanisme.
Aucune des 29 personnes n’est un personnage public, membre ni proche d’un parti politique, n’est proche, s’en faisant disciple, d’une personne publique ou réputée, vivante, ou ayant vécu pendant les 50 dernières années, n’a de lien, contractuel ou non, avec un média.(3)
Chaque personne affirme, quel que soit son contrat professionnel (sauf militaire), son indépendance intellectuelle et être libre de ses propos, bénéficie d’une culture générale haute (4), conçoit scientifiquement ou intuitivement ou conceptuellement les compétences du cénacle (5), possède une expérience garantie par un âge central sur la courbe de la vie, dans les 3 générations 37/42/47/52 (6), est compatible avec la dimension technologique et digitale, apporte ses compétences pour seconder l’analyse, se concevant adjuvant des 28 autres personnes.(7)
Le CÉNACLE | 2020 redémontre une analyse conceptuelle inédite publiée en 2004, mise à jour en 2019 : la société française est totalitaire / le temps que nous vivons est un « présent éternel » ; dans cette configuration, l’avenir ne peut pas exister et le passé, entraîné par la courroie du Présent*, est démembré et recomposé pour le servir. L’analyse de 2004 proposait la création d’un collège analytique critique, il devient, en 2020, le « cénacle » et reconstruit l’analyse (8) grâce à des compétences reconnues sociétalement, permettant d’autres développements ; les spécialisations et expériences nécessaires, donc le choix des professions des 29 personnes et ce nombre (9), sont déterminées par l’analyse de 2004 :
_architecte (◎) _auteur conceptuel (◉) _biologiste botaniste (◎) _chef d’orchestre (◎) _chirurgien (chirurgie générale) (◎) _climatologue (◎) _épigénéticien/généticien (◎) _ergonome (◎) _ethnologue (◎) _éthologue (uniquement spécialiste du comportement animal) (◎) _géologue (◎) _grammairien (◎) _historien de l’économie (◎) _historien des religions (◎) _historien du droit (◎) _historien spécialiste 1914-1918 (◎) _historien spécialiste 1939-1945 (◎) _historien spécialiste des révolutions (◎) _historien spécialiste Renaissance (◎) _historien spécialiste XIXe siècle (◎) _informaticien (algorithmicien) (◎) _mathématicien (mathématiques pures) (◎) _médecin généraliste (◎) _océanologue (◎) _physicien (selon spécialisation) (◎) _sapeur-pompier (BSPP ou BMPM) (◎) _psychiatre (analyste option) ou neurologue (◎) _vétérinaire (avec/sans spécialisation) (◎) _xxxxx non définie (◎)
Le cénacle | exclut strictement ce que la société (10) (élites, médias et politique compris) utilise comme base critique actuelle : l’économie libérale, l’extrémisme, le numérique, les réseaux sociaux, les GAFAM/FANG/NATU, l’écologie/le climat (versions tendances), l’individualisme, le « temps manquant », et tous les arguments courts et causals à l’état de la société française, mais oblige à les replacer dans un flux de conséquences.
| défend de tenir quelconque objet et critique pour acquis sous la forme française ou/et globalement retenue : au contraire, objet et sa critique doivent systématiquement être tenus pour inexistants à faux.
| exclut comme référence ou clé de voûte, les thèses, schémas, exemples, connus de l’Université, culturellement ou médiatiquement, issus de quelconque penseur, philosophe, sociologue, auteur, ou affilié, français ou étranger, sur les 50 dernières années, extensibles à 100 ; cette exclusion n’empêche en rien de réintroduire l’ensemble dans le stream de l’analyse, sans valorisation et de façon critique.
| exclut l’humilité universitaire, la précaution dans l’argumentation, sauf doute scientifique et délimitation de l’inconnaissance.(11)
| exclut la forme de débat.
| ne reconnaît ni ne demande à aucune personne de neutralité idéale, mais sa vie, ses expériences, son caractère, à condition qu’ils soient conscients et évaluables en part dans l’intervention.(12)
| conçoit l’ambition personnelle, professionnelle et intellectuelle de chaque personne, ainsi que le soutien de ses convictions dans cette ambition ; sans elles le cénacle même nie ses propres ambitions, engagements et objectifs.(13)
| est d’un flux vif et naturel, sans aucun effet oratoire ni standard de discours.(14)
Le cénacle s’engage à | construire l’analyse comme une architecture : pas un plan conclusif mais un volume parcourable par quiconque, dans lequel quiconque se reconnaisse une place.(15) | décompresser et rendre complexes les données sociétales linéaires actuelles afin d’alléger leur poids sur la société et la soulager. | imposer son existence à quelconque analyse courante, à permettre à d’autres, notamment journalistiques, de pouvoir varier sans trahir une éthique, puisque le cénacle est un fait réel. | être la réponse à, après 50 ans et en moins de 3 ans, la finale et absolue faillite de l’intellectualité française, irréversiblement compromise avec la cruauté, la bêtise, la lâcheté, la violence, l’égoïsme, l’archaïsme et le politique. (16)| dénoncer le broyage systémique* de l’enfance et des pré-adultes en France par l’irresponsabilité culturelle, puis intellectuelle et enfin politique des 50 dernières années.(17)
L’analyse critique du présent de la France est en elle-même, jamais elle ne prétend se simplifier, ni ne veut être simplifiée, en dogme ni recette ; elle exclut d’être politisée par des partis existants, tous inclus dans la critique.
Le cénacle se réunit 8 heures durant, sans obligation de couvrir les 8 heures (18), en direct jusqu’à achèvement sur une chaîne de télévision, dans un cadre sans public.
Ce texte est au présent, affirmé, parce que ce n’est pas une proposition : que le cénacle puisse avoir lieu ou non, strictement rien ne le rendant irréalisable : je considère qu’il a eu lieu puisqu’il est pensé, fond et forme, qu’une charte le définit, et qu’il est dès à présent non niable que 29 néo-humanistes se sont réunis, de toute façon trop tard.
Le CÉNACLE | 2020 est une production conceptuelle, comme telle, elle est à vendre.
Claire Cros _ auteur conceptuel | clairecros.com, puck.zone, cenacle.com | PUCK sur YouTube | auteur de Blanc, Ariste, Les Méduses, Ci-gît Paris, Le Monstre transparent publiés par © 17SWORDS exclusivement : les versions antérieures publiées ne sont pas reconnues par l’auteur. @cenacle2020

NOTES
1_Les références de l’argumentation sont sans limite temporelle.
2_L’espace décrit par la charte est exclusif et objectivement impossible à constituer, les 29 personnes en sont conscientes et malgré cette impossibilité rationnelle, tentent une révolution intellectuelle inédite.
3_De ces conditions dépend l’indépendance intellectuelle du cénacle.
4_ « Culture générale haute » ne signifie pas qu’elle ne soit pas différente par personne, ni qu’elle soit horizontalement étendue (rapport au globe, à plusieurs langues, plusieurs cultures) ou lieu de verticalement (construite sur une passion, quasi monothématique au départ), ni qu’elle soit « cérébrale » au lieu de physique. Il s’agit seulement qu’elle ait su appeler ou laisser agir, tout le long de sa construction, l’hétérogénéité, le doute, l’opposé et qu’elle ne soit pas un loisir mais fonctionnelle au quotidien, qu’elle ait mémoire de tous ses temps, de la découverte à la connaissance, de tous ses sentiments, de la façon dont elle aura été acquise, personnellement ou par un apport extérieur. Il s’agit aussi qu’elle soit le résultat d’un effort et d’un dépassement, donc n’est pas concernée une culture de naissance, de milieu social ou géographique. À nouveau, c’est le différentiel entre les cultures qui compte, le cénacle ne demande surtout pas, entre elles, de mixité forcée et erronée comme base, à lui de définir cause/conséquence, d’ailleurs, à l’acharnement actuel visant à condenser les cultures tout en les surscindant à leur forme de plus en plus atomique.
5_Chacune des 29 professions a une notion très particulière — de la « norme », de l’« exception » et de l’« extrémité », — des « arrangements » comme l’  harmonie/ l’équilibre /la coordination, — et des dérangements : disharmonie /déséquilibre /incompatibilité ; chacune a la notion d’un — « ensemble » ou « tout », corps, corpus, équipe, masse, volume — et la notion « d’élément » ; — chaque profession a ses propres codes, connaissances, apprentissages, expériences pour reconnaître dans l’harmonie « l’incident », « le défaut », « la défaillance », bénins ou malins, admirables ou dramatiques, hasards ou conséquences. Enfin, humainement, chaque personne a un vécu propre, lié ou non, imprégné ou non, à/de sa profession, dont elle reconnaît l’influence de l’un sur l’autre et l’instant où, peut-être, une éthique ou une déontologie refuse les deux influences. Chaque profession joue donc, pour elle-même, avec un ensemble de filtres indispensables soit à la recherche, soit au diagnostic, soit à la construction, soit à l’harmonisation, cependant ses filtres sont propres à chaque profession et ne sont pas interchangeables à moins qu’un chef d’orchestre soit aussi soldat du feu ou un géologue soit aussi médecin généraliste. C’est ce différentiel de vision, à l’intérieur des compétences et expériences propres à chaque personne, qui importe à l’analyse critique ; pour qu’il existe le plus étendu possible, personne ne doit négocier son propre vocabulaire, sa zone de confort lexicale, ni tenter d’anticiper de n’être pas compris et dégrader son intervention : aux autres de demander des explications si nécessaires.
Aucune des 29 personnes n’est culturellement innocente de telle et telle idée. Le stream doit monter en puissance, et ne pas prendre des voies à écluses. Quelconque spécialiste très avancé dans sa matière sait lui-même qu’il a procédé lors de sa progression à des choix, en établissant un différentiel : c’est lui, le différentiel, qui importe. Il faut donc que le spécialiste soit capable de rétrograder pour se souvenir de l’arborescence de sa progression, de tous les chemins de traverse, du tronc principal, des ramifications.
6_Âges atteints en 2020. Cette zone d’âges n’implique pas un relatif unisson d’expérience générationnel* au cénacle. Si on compte que la zone d’âges des 29 personnes puisse aller de 37 à 52 ans : il est impératif que chacune soit consciente de la différence intrinsèque des éducations reçues et des environnements de vies connus avant l’âge adulte, quelle que soit la classe sociale ou la géographie de la jeunesse. Il n’y a rien en commun, à part ce qui unit ce cénacle, et parce que chaque personne, quelque part, aura échappé à sa norme générationnelle, entre une personne de 50, de 45, de 40 et de 37 ans. Les différences admises entre les 3 générations sont, de façon cruciale, nécessaires à l’homogénéité de l’analyse critique. Elle doit décompresser l’écrasement générationnel qui nie aujourd’hui, justement, l’immense variation de préhension de la vie entre chaque génération et donc celles de ses enfants et celles de ses parents. Le cénacle doit reconnaître qu’à 5 ans près, la pensée, la conscience, la somme de connaissances, l’expérience, la volonté, l’engagement, sont incomparables, dénoncer pourquoi, comment, évaluer les conséquences. (voir PUCK#82, à venir, voir les articles #Inktober)
7_Dans les 29 personnes, ne serait-ce que langage même de cette charte parlera sans doute mieux à l’architecte, au chef d’orchestre, à l’ergonome, au mathématicien, au psychiatre, il n’est en rien demandé de se l’approprier ni même de se réévaluer par lui aux personnes qui le rendent « fonctionnel » et n’ont jamais eu à le développer de façon externe.
C’est aussi pour cette raison que ces professions sont choisies : l’équilibre théorie/concret est obtenu, chaque concept peut devenir solide, exemple, pragmatique, le réel de la société même ; l’architecte, l’ergonome et le psychiatre appartenant aussi à la part totalement concrète, mieux que le chef d’orchestre et le mathématicien.
À chaque personne de passer librement de la théorie à sa part concrète qu’elle soit expérience de vie ou professionnelle ; à ceux qui, de force, sont dans le concret de solidifier la part de ceux qui à l’inverse travaillent dans l’abstrait ; à ceux qui manipulent sans problème l’abstrait de le voir en permanence dans l’apport pratique des autres ; à ceux qui peuvent visualiser un plan : ainsi d’un médecin, d’un architecte et d’un sapeur-pompier de vérifier sa construction ; à ceux qui peuvent en entendre ou calculer l’harmonie, de vérifier son équilibre. Si chaque personne se conçoit, par expérience, naturellement apte à appréhender le propos de l’autre, il ne doit y avoir aucun effort d’adaptation entre les arguments et l’analyse doit avoir au final une dimension réelle pour qui est pragmatique, et conceptuelle pour qui peut la soutenir de façon abstraite. Elle doit être « sensée », faire appel aux sens ; elle doit être audible et compréhensible par quiconque, ou le cénacle échoue.
8_Si l’analyse valide « la société française est totalitaire », le cénacle intègre qu’il intervient « trop tard » et, pour lutter contre, peut se servir des 17 années entre les deux analyses comme d’un espace libre, les repenser, annuler ce qui a eu lieu en le tenant pour reformatable, jusqu’à obtenir un seuil à l’avenir.
9_Le nombre de 29 est aussi retenu parce qu’impair pour l’assurance qu’il n’y ait pas de parité* et parce qu’il est encore un nombre coordonnable autour d’un projet commun sur 8 heures. Les spécialisations et compétences couvrent un spectre rare. 29 personnes, mais 21 professions. 3 des historiens (du droit, de l’économie, des religions) sont là pour leur science de leur sujet, mais surtout, pour ce sujet, leur recul éthique.  Les 5 autres historiens sont là en partie pour rendre scientifiquement compte de ce qui, chez les autres, n’est que culture générale, peut-être fictionnelle, et surtout pour ramener au présent des schémas conceptuels déjà précisément expérimentés par l’Histoire dont ils sont seuls détenteurs documentés et dont ils ont mémoire très précise.
10_Parmi les 29 personnes, certaines voient chaque jour la société face à elles le plus crûment, d’autres, y vivent, mais la prennent, professionnellement, comme un tout ou un échantillon, d’autres y vivent mais quelque part la considère peu voire pas, professionnellement, ou après plusieurs rebonds. La part commune aux 27 personnes, par rapport l’objet « société », est qu’elles en font partie, le différentiel entre chaque personne doit permettre, pour l’analyse critique, « une » reconstitution d’une société totale, de son environnement en dur jusqu’à son « esprit ».
11_ La charte est publique, aucune des 29 personnes ne peut être accusée de péremption : le cénacle « sait » que son ton n’a pas le temps de la négociation et n’a pas à le regretter devant quiconque. Le ton du cénacle est protégé de fait : le concept seul de son existence lui accorde une certaine immunité. Ainsi d’une œuvre, il est et c’est tout.
Le cénacle n’existe pas pour faire chuter l’analyse critique, comme toute analyse aujourd’hui, dans la modestie qui n’est que médiocrité, la prudence qui n’est que faiblesse, la part des choses qui n’est que protection : il faut considérer, par excès, que la situation actuelle n’a AUCUN avenir et que « le temps qui passe » voire « un » temps qui passe, n’a jamais été, nulle part, ni dans l’art, ni scientifiquement, considéré comme « futur ». Le cénacle est donc « contemporain à une situation frontalement immobile », il n’est « aucun » temps pour une sortie de secours systématique : ce qui est dit est dit, le cénacle compte sur lui-même pour, dans la construction de l’analyse, amener contreforts et garde-fous qui fassent partie de l’analyse au lieu qu’ils soient là pour protéger l’intervention.
Le « mode expert » version médias, en exactement 19 ans, est passé de l’affirmation brute mais argumentée à la plus brouillonne des hypocrisies et l’expert d’un seul élément est passé à expert du tout : il est hors de question que le cénacle reproduise ce qui est l’une des faillites du présent. Le cénacle s’engage, et quelque part facilement, puisque toutes les erreurs possibles de jugement humaines ont déjà été commises et qu’il est probable que le temps que nous vivons comme étant le « présent » ne soit que leur éternelle négociations pour ne pas avoir à s’avouer erreurs.
Le cénacle ne demande aucune pédagogie qui réduirait l’analyse, mais il impose à l’analyse le format LOG, son contenu retenant le détail de l’ombre et de la surbrillance, fournissant une grande latitude à son traitement et à une colorisation personnalisée par chaque public selon sa capacité de perception.
12_Chaque personne s’engage à signaler, si elle sait que la ligne moyenne de son discours en souffre, ses forces et ses faiblesses qui lui sont indispensables pourtant pour le construire. Il ne s’agit pas d’avoir fait son analyse, ni d’imposer une neutralité et une monotonie à l’analyse, qui, même idéalement atteintes, rendraient fictive l’analyse. Par contre, on est ce qu’on est, et rien, pas même un bagage intellectuel ou un serment d’Hippocrate ne sont dissociables d’une personnalité, de ses expériences. Il s’agit seulement d’avoir une vision mature de soi qui par défaut donnerait une valeur à l’objectivité du regard sur l’autre, et à la critique.
13_Aucune personne n’est là pour représenter un pan de la société ni son domaine professionnel en tant que tel, encore moins pour s’en faire le porte-parole ; elle n’a pas à parler pour sa profession mais « depuis » sa profession et au-delà d’elle, presque dans son mythe. D’ailleurs, c’est le seul point pour lequel « l’idéal » qu’exclut la charte a encore un sens. Il est demandé à chaque profession de ne pas oublier son « rêve », son « initial », sa propre mythologie, son « historique », sa raison à travers les siècles : c’est la seule façon qu’échappe un peu chacune des 29 personnes au tort que lui fait le présent, à la vision que le présent a d’elle, aux codes tendances ou à l’a priori. Il faut « s’extraire » de 2020, et de toute part, le regarder de plus loin.
L’analyse critique du cénacle repose sur le réel, vécu et constaté, donc la vie et l’expérience professionnelle de chaque personne. Mais pour être « analysé » et « critiqué », le domaine « réel » doit être emporté dans une démonstration qui demande d’aller bien au-delà du constat, et qui a donc besoin, dans la théorie, des surcompétences professionnelles : quelque part, il faut parvenir à ne pas être « un » océanologue, mais « l’océanologue », ou, pour un historien, prendre la parole pour une berlinoise en 1934, sans trahir sa profession, sans ridicule, sans honte, sans crainte d’être jugé pédant, d’être accusé de se croire omniscient ou supérieur ; parce que le cénacle nécessite vitalement un engagement, il reconnaît d’office à chaque personne ses limites et son impuissance absolue devant le sujet même. Personne, pas plus à 1 qu’à 29 qu’à 10000 ne peut venir à bout en 8 heures de l’affirmation du cénacle et de ses objectifs, et l’exhaustivité n’est pas l’un de ses objectifs. Le cénacle conçoit et affirme les limites et les incompétences humaines de chacun, ceci dit une fois n’est pas à répéter mille fois, c’est une perte de temps. Avancer est impératif, l’urgence est du côté du sujet, elle est telle qu’elle demande une parole directe, élevée, allégée de tous les freins à la vérité (qui n’a rien à voir avec le réel).
14_Chaque personne s’engage à perdre tout schéma de discours victime des standards de sa profession et à parler avec urgence et efficacité face à un timing, à ne rien chercher à élaborer stylistiquement parlant mais à laisser la forme être juste l’expression du fond, à ne pas digresser. Aucun discours ne se laisse embarquer par l’emphase, aucun effet de manches, de cour, par de faux humour, d’ironie de bienséance, personne n’a à plaire à personne. Le cénacle ne demande donc aucun niveau de langage minimal, l’essentiel étant que chaque niveau de langage ne soit pas une entrave à l’analyse.
Chaque personne accepte aussi, lors de ce cénacle, quoi qu’elle dise, de le dire sans pression, sans haine, sans esprit de vengeance, mais aussi sans remords, sans pudeur, sans inquiétude non plus. Chaque personne doit être puissamment libre et cette liberté doit assurer que ce qu’elle avancera est sans regret. Ça ne signifie pas que le secret et le mystère sont exclus mais que la matière ajoutée à celle travaillée par tous est libre et que le crédit du cénacle repose sur cette liberté intellectuelle.
15_Il n’y a aucune chance d’atteindre un public total si toute la phraséologie du cénacle choisit de se réduire pour qu’une personne qui n’a jamais existé : « moyenne » comprenne. La surface de vocabulaire utilisée dans le domaine public s’est, sur des dizaines d’années, ultralimitée, à force de la vider pour l’imaginaire « auditoire moyen ». Le cénacle doit partir du principe que quelconque intelligence est capable de le comprendre, si ce n’est dans la totalité de ce qui sera dit, dans son sens, parce que l’équilibre d’argumentation sera là. Le cénacle doit croire à quelque principe que chacune, pour le coup, des professions connaît et pas seulement l’ergonome : l’organisation procure un soulagement, un confort, un repos, de la confiance et même un plaisir : le cénacle, s’il est respecté, doit inspirer au public assez de confiance immédiate, via sa charte même, pour que le public ne se pose pas la question de sa place face au cénacle, que jamais il ne se sente en défaut de compréhension, exclu, intimidé, abandonné. C’est le volume construit total qui compte. Le cénacle part du principe que pour que ce volume puisse accueillir quiconque il doit le rendre complexe, et complexe n’est ni difficile, ni abscons. Un grammairien et un épigénéticien peuvent l’assurer. Le cénacle se doit d’estimer son public comme le plus brillant, réceptif et dépassant, à lui tout entier des millions de fois son expérience et son savoir.
16_Donc, entre autres, faire que le mouvement Gilets Jaunes, quoiqu’il n’ait jamais pu atteindre son propre concept (existant ; voir PUCK+#Inktober), n’en ayant, seul, aucun moyen, ne finisse pas avec ses yeux et ses mains en déchets médicaux, ni à la morgue de l’État.
17_De tous les objectifs, dénoncer la "destruction systémique" est prioritaire. (Voir #Inktober)
18_Cette durée est directement empruntée à celle du « grand débat des idées » qui est l’anti-modèle du cénacle. Cette durée n’a plus rien de fantasque, ne peut plus faire sourire les médias, grâce à la présidence. Contrairement aux 8 heures de mars 2019, les 8 heures du cénacle forment un tout diffusé depuis une seule chaîne, pas de transfert.
Il est hors de question de scinder les 8 heures en interventions égales par personne, d’abord parce que le cénacle ne durera peut-être pas 8 heures, ensuite certaines parleront bien plus que d’autres : la hauteur de la participation ne dépend pas du temps mais de la pertinence de l’intervention pour l’analyse. On peut penser conceptuellement aussi qu’un silence presque total et une intervention de 30 secondes soit déterminante.
Les 29 personnes se sont réunies avant le cénacle, réunion documentée, de façon à valider la charte et se coordonner formellement pour éviter toute perte de temps lors du cénacle. Le cénacle n’a pas à se tester sur les 8 heures et perdre du temps. Les 8 heures sont effectives et sans ajustement ni hésitation. Il ne s’agit pas d’une « expérience » : « 29 inconnus les uns des autres se rencontrent et entament une conversation ». Le cénacle n’est ni une performance théâtrale ni un pari formel. Il n’est pour autant pas plus un compte rendu de séances de travail, ou la conclusion d’un symposium hors public.