Article rédigé dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS. Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
7_ ENCHANTED [enchanté (par magie)]
Quadras, trentenaires, générations enchantées. [7/31 #Inktober]
Beaucoup nieront ; accepter d’être dans le même sac les dépassera, lire le cumul de leurs désarrois serait signer un constat insupportable, admettre une vie d’une triste illusion. Des sacrifiés, qui ne veulent pas l’entendre, ou ils devront perdre tout ce qu’ils font croire, et à eux d’abord, qu’ils possèdent, si ce n’est qu’ils sont, mais le bloc 7090 n’existe pas au stade adulte.*
Pas 2 mais 4 générations distinctes, 30-35, 35-40, 40-45, 45+. Elles auraient dû être ennemies, mais elles ne se connaissent pas, ni entre elles, ni en elles-mêmes. Si elles n’acceptent pas de faire masse et front communs pour la suite, elles n’ont aucune chance, quoi que s’imaginent encore les plus jeunes, donc sainement, avec naturel, les plus arrogantes, d’avoir jamais une place dans la société, ni dans leurs propres vies. Elles n’ont aucun avenir, jamais, mais un destin d’imagos éternels.
Dire « c’est l’époque » est ridicule, nul et non avenu, et il y en a archi marre de l’entendre : nous sommes l’époque. S’il en reste à qui elle plaît, à eux et pour leurs enfants, et je ne parle pas du climat, mais de la vie, totale : qu’ils continuent, mais je crois qu’ils ne sauraient même pas définir ce qu’ils veulent continuer, sauf un job d’humain de trait, à tirer de toutes ses forces quelque chose, et quoi ?
Avec une belle régularité qui trahit justement ces packs générationnels par tranche de 5 ans, les médias et souvent par des journalistes d’âge similaires font un point sur les trentenaires. Souvent, la culture s’en mêle, un film représentatif illustre le portrait.
Il y a 16 ans, pendant quelques mois, la génération de la première crise pétrolière, de 73-74, a été mise à l’honneur ; pourquoi elle ? Ne cherchez pas : elle était les enfants de la masse 68. Elle a amusé, la génération Casimir, surdiplômée, vivant encore chez ses parents, sans argent, sans travail, sans la moindre compréhension ni vue globale de ce qui était en train de lui arriver. Pourtant, c’était déjà hurlant : une tristesse injuste, une puissance réelle mais si naïve qu’elle était déjà lynchée, un recalage permanent incompréhensible mais qu’elle acceptait, prête, parce que dressée pour ça, à se croire perfectible, toujours en faire plus, à se faire toujours plus violence, à se laisser humilier et à reculer croyant toujours pourvoir mieux sauter tant elle était, et c’était vrai, la plus compétitive. Il y a 16 ans, elle n’avait aucune vie, déjà.
Aujourd’hui, mariée, divorcée, mariée, divorcée, des enfants de celle-là, et celui-ci, et celle-ci et celui-là, écartelée entre les agendas d’au moins 4 ou 6 personnes, elle a perdu le souffle, hagarde et blessée quotidiennement par son échec insensé, et le désintérêt qu’elle récolte. Sa progression professionnelle a été alambiquée, avant, arrière, pas de côté, et on recommence. Les CV sont expressifs : plusieurs boîtes, un cumul d’expériences hétérogènes, parfois la folie d’une ou plusieurs autres formations, des trous, de chômage, une remise à zéro plusieurs fois, on sent dans les lignes qui descendent la hargne native qui fait de même. On lit une obéissance d’enfant devant les refus, et de même on entend une volonté de plaire d’enfant dans les entretiens. Maintenue sous l’eau, cette génération s’est habituée à manquer d’air, à forcer sur ses muscles et le paie. Elle a encore un terrible souvenir d’elle, qui la torture, aussi : sa performance, sa tessiture, sa force. Elle était programmée pour filer comme un requin. Quand lui-a-t-on limé les dents, quand a-t-on sectionné ses ailerons, quand sa vitesse est-elle devenue surplace, quand et comment a-t-on fait d’elle l’immense absente de la société quand elle aurait dû, de part en part, en toutes strates, bientôt dominer et la conduire, construire la sienne? Pourquoi, et comment, et qui a mené cette vaste sape ?
Récemment, on a interviewé ceux de 30 ans aujourd’hui, qui passent pour dépressifs, isolés.
Qu’ils le sachent, l’isolement se rompt en se mentant à soi-même, et pour les femmes, par terreur de leur corps, par lassitude, aussi, par distraction, même. La dépression ne dure pas : selon les caractères, les expériences, les épreuves, et qu’on soit un homme ou bien, sans rien pour les confondre, malgré ce qu’on tente de nous obliger à croire, une femme : on versera soit dans un désespoir fixe dont la stabilité sera prise pour une guérison, soit dans le dégoût qui saura se décorer de cynisme, de méchanceté ou encore d’immobilisme et de moins d’engagement encore, soit dans une frénésie sotte, papillonesque, pour prendre ce manque de constance, donc d’efforts, pour une liberté, une indépendance, donc un statut adulte.
Dans tous les cas, quitter l’isolement sera une question de survie, ça ne pourra plus être réfléchi, on abandonnera sa petite liste de critères, ses rêves, ses exigences, son ambition, pour aller au plus court, à se leurrer de sa propre comédie, à se leurrer sur un futur binôme et on sera même capable de lui tolérer une médiocrité, une mollesse, des idées courtes pour ne plus avoir à repenser soi-même à ce qu’on espérait pour soi.
On tentera, on l’a tous fait, de vendre à qui mieux mieux de francs concepts de tolérance pour valoriser son choix de couple, ce sera la période des longs bavardages inactifs à refaire le monde pour rire, avec un sérieux assez méprisable, un avis sur tout, le dernier, le définitif, tant on voudra être fier de ses décisions, de convictions qu’on croira originales. Il faudra se persuader en persuadant ; ce moment abusera les faibles, et les dominants s’abuseront. Puants, ils le deviendront tous. Ça ne durera pas, il faudra bien recourir vite au silence, à l’évitement, et mimer de tout prendre de haut, ou d’être trop occupé pour quoi que ce soit, ou choisir des sujets très externes pour masquer absolument des échecs en série. Sinon, il y aura toujours la possibilité du mensonge ou de ces manières typiques qu’ont les avares de ne parler que d’argent et de dépenses tant que ce ne sont pas les leurs. Vivre faux a ses prêtres, bobos 2 et 3.0.
Mais avant ça, au bord de plonger dans la vie adulte, celle archaïquement et matériellement conçue comme telle, en tout cas, on ne cessera plus de faire la leçon, de démontrer comme on sait prendre des décisions et les justifier, devenant son propre commercial dans sa petite entreprise de vie, confondant de défendre un power point en réunion avec des décisions pour son privé et son intimité. Même ton professionnel, détaché, impersonnel, un peu pédant, qu’on soit au bureau ou au lit.
C’est le corps même qui devra se faire violer par lui-même, et il sera hors de question de l’admettre. Les femmes attendront, martyres sans bourreau qu’elles, avec une patience monstrueuse et parfaitement stratégiquement maîtrisée, au point de duper tout l’entourage, un premier enfant. C’est lui qui lancera le chrono, croit-on du réel début de la vie adulte. Il sera la preuve biologique, naturelle, que l’état d’imago est à jamais derrière soi, mais avant même sa naissance, parfois, la même femme rompra avec cette construction de vide, à nouveau elle bâtira ses arguments, et se convaincra, les séparations seront de toute façon partout autour d’elle.
S’il y a eu mariage, peu importe. Et même des investissements communs, immobiliers ou un compte Netflix ne seront plus ce qu’ils étaient à défaire. Chacun sera surpris de la quantité invraisemblable d’efforts qui aura été fournie, en secret, pour bâtir du toc, et de la vitesse facile avec laquelle tout pourra être effacé, sauf l’enfant. Au non-sein d’un non-couple, c’est l’enfant qui soudain demandera que soit pourtant construite une normalité, qu’un plan soit établi, une organisation, des foyers, puisqu’un seul sera pour toujours hors de question, c’est lui qui fera bâtir de force des camps volants pour maisons, voiture, métro, bus compris, un programme modifiable par texto et à chaque seconde pour ne pas être abandonné dix fois par jour sans que personne ne sache chez qui, finalement, il dort.
C’est l’enfant, par défaut, qui portera la charge d’adulte, et de force il devra bien vivre, au lieu de sa vie, celle d’une myriade de gardiens, autour de lui, entendant, du matin au soir, « oui, plus tard, attend. » Son temps ne sera plus jamais vécu qu’à 50% par chacun de ses tuteurs, ou 35% ou 20 ; son passé ne sera plus connu qu’aux mêmes %, le résultat qu’il deviendra aura toujours une part niée par l’un ou l’autre des parents. Une part inquantifiable de sa vie se passera entre deux destinations, dans les transports et il vivra dans un sac incomplet, même avec deux ou trois chambres.
Il ne sera pas rare que le pan féminin de cette construction de destruction, qui bien qu’ultra courante, bien que potentiellement un grand lieu de grandissement et d’épanouissement selon une propagande fictionnelle, parvenant tellement peu à convaincre qu’on évite de la remettre en cause, étant une telle source de peine et de honte qu’on ne peut plus supporter de la regarder en face : il se peut que le pan féminin de cette concrétion aille jusqu’à échanger son instinct contre du bon temps, uniquement pour que tout s’arrête : il se peut que toutes les femmes à venir soient, par défaut, parce que violentées, parce qu’épuisées, parce qu’évidées de leur féminité, jamais regardées, jamais louées, jamais secondées, jamais appuyées en confiance contre une solidité, des Médées.
L’inconfiance des femmes trentenaires ne peut leur être reprochées, mais elles abandonneront plus vite, plus facilement, plus sèchement, avec infiniment moins de remords que les quadras. Elles ne se tortureront pas aussi longtemps. Elles seront donc juste plus vite dans un cycle nocif pour leurs enfants, si elles en ont, ce qui pourrait être moins systématique que chez les quadras. Les hommes seront encore moins hommes mais toujours plus Narcisse, leur essentiel sera qu’ils se plaisent à eux, au propre, comme se séduisant. Les plus lâches n’iront sûrement pas à l’encontre de l’ambition dominatrice des éléments féminins ; ils tomberont de haut quand ceux-ci hurleront qu’ils n’en peuvent plus.
On peut facilement entendre des trentenaires se dédouaner de ne pas agir, de ne pas faire certaines tâches, ayant un poids en kilogrammes inférieur à celui de leur compagne et moins de muscles. La perversité sait se développer dans le déséquilibre sexuel et le bannissement du désir et de l’érotisme. Sans eux, d’autres raisons de maintenir l’autre à soi, d’autres façons de le posséder se développent pour la perte, d’abord, des femmes.
Quand les quadras avaient 30 ans, leur sexualité a été ruinée ou sinon quoi qu’il en soit abîmée, tordue, apeurée, déçue, attristée, par une immense charge étendue à tout, du maquillage à la nourriture, et jusqu’aux enfants, prônant la diversité contre ses goûts, l’expérience, l’orgie, la prostitution, dont infantile, la violence, la pornographie, entre autres. Ce moment d’extrêmes a été tel que des années de silence ont suivi : le sexe semblait soudain avoir quitté la société jusqu’à tout récemment, où il fait une réapparition sous une autre forme, particulièrement destinée à un public trentenaire : dans la solitude. Le sexe seul, et les articles atteignent un ridicule stupéfiant, avec un sérieux dangereux.
50 ans après la libération sexuelle, il faut se méfier quand le sujet « sexe » reparaît avec trop de naturel : c’est un montage, un leurre, il est certes, selon la forme qu’il va prendre, puisque c’est lui, incroyablement révélateur, mais en aucun cas ça signifie qu’il soit une réalité, qu’il doive la devenir dans le mode vanté. Il faut fuir le sujet, il faut fuir toute tentative, par les médias, par une propagande quelconque, de faire croire à quelconque tendance au niveau du sexe. Ignorer les conséquences qu’une duperie sur le thème peut commettre, c’est ignorer l’histoire récente. Le sujet sexe réapparaît justement à cause d’un silence d’une décennie : pourquoi ce silence, que s’est-il passé ? Il s’est passé que le sexe vendu dans les années 2000 n’était pas celui des trentenaires d’alors, c’était le chant du cygne des premiers 68tards. La violence et l’orgie étaient celles de la fin, sûrement pas les vecteurs d’un début d’harmonie. Les trentenaires alors ne l’ont pas vu, comme ils n’ont pas vu que c’est leur jeunesse même qui allait être vécue par d’autres. Au même moment, l’appellation « jeunisme » faisait son apparition.
Que cache que le sujet sexe affleure à nouveau et sous cette forme inquiétante ?
Trentenaires. Vous ne ferez pas mieux que les quadras, juste avec bien moins d’investissement. Les hommes, des petites barques, allant cogner sans gré leur flanc contre les si victorieuses femmes, de grand tonnage, si fières, si en proue, si à égalité qu’elles en crèvent et qu’eux, les plus isolés et pré-achevés, ne savent plus rien d’eux. Ce sera dur pour certains mâles d’admettre qu’ils ne sont plus qu’une pompe à sperme. Pourtant. Leur féminisation orchestrée par la société, leurs mères, des concepts stupides, contre nature, sans intelligence, haineux, vengeurs, l’apparence informe obtenue, leur oscillation permanente, leur faiblesse, tout sera irritant pour l’autre sexe, à présent premier. Les couples de même sexe ne seront pas épargnés, même tarif, même forme indiscernable, même blocage à l’étape d’imago. Asexué, asexuée, tous désexués, sans érotisme, le désir impossible.
Cette description est loin d’être exhaustive. Elle demanderait aussi l’ajout d’autres courroies d’entraînement, comme l’économie, évidemment, et j’ai bien dit « économie », pas capitalisme. Le sujet n’a besoin d’aucune terminologie idéologique, il se tient seul dans un réalisme de vie, donc englobe et surpasse toute explication courte. Notamment, en ce qui concerne le capitalisme, je ne dirai que ça : ce n’est pas lui, mais le communisme qui, en premier, a créé la première génération sans résultat professionnel étendu, celle des quadras, qui, donc, n’ont jamais quelque part préparé, libéré, et mis à jour le terrain du travail pour les générations suivantes. On sait se séparer de l’Histoire, depuis 50 ans, pour tout expliquer sans elle : en n’expliquant rien. C’est en elle qu’il faut aller rechercher les raisons, les causes, pas dans les dogmes simplistes.
Évidemment, pour certains, à la description du futur bloc uni dans son errance lasse des 7090, la solution de facilité sera de se rejeter en arrière : « Oh, alors, là, pas du tout, moi je. » Pas de problème. Mais si tout va bien, un des minimums humains est alors d’exploiter l’énergie qu’on n’a pas à mettre à écoper sans arrêt sa vie au moins dans l’observation de son propre temps et de juger, critiquer, peut-être s’en mêler.
Il n’est pas interdit d’avoir réussi sa vie, qu’elle se maintienne dans un bel équilibre érotique, que l’amour soit encore le garant, et l’espoir que, s’il a été le début, il soit aussi la fin, même après un mauvais essai ou deux, même après avoir intégré à cette vie enfin développable un enfant d’un premier choix discutable. Il n’est pas interdit d’être heureux pour se définir d’une certaine génération ou non génération si on la mesure en pouvoir effectif.
Mais être heureux, connaître un bonheur dans le temps et la matière n’exempte pas du tout d’être un élément sociétal, d’être du soir au matin en contact et en action avec la société dont sa propre société générationnelle. Ce qui l’emportera en grande partie sera toujours le tout. Donc même si, on l’espère, il y a des exceptions, elles ne sont en rien exemptée d’être comptées dans la société, de vivre avec, même à la subir et la détester. Personne ne fait sans et encore moins quand il y a des enfants. On peut jongler avec des choix d’éducation, un profil heureux, doux, brillant et soupirer chaque fois qu’on est obligé de livrer son enfant à la société dont on a analysé la morosité méchante, le manque de complexité, d’ampleur, dès qu’on le met à l’école. On peut tenir le choc et contre le vide général continuer à intégrer toujours plus de culture, de découvertes, d’esprit critique, d’engagement, chez soi, à l’abri. Ça signifie être conscient qu’on passe un sas de décontamination dans un sens, mais dans l’autre aussi, à chaque moment de la vie interne ou externe. Avoir conscience de ça ne rend pas malheureux. Et c’est accessible à tous. Pas la lucidité, peut-être pas, mais juste une conscience.
La question n’est plus « moi », ni « je », la question est « nous » pour refonder autant de moi et de je que de personnes, pour refonder des individus. Le nouvel individualisme est la seule option pour achever une métamorphose avant un pourrissement injuste. Et cet individualisme passe par une analyse qui ne juge pas, ne veut pas de mal, n’a pas à faire de tort à quiconque, mais qui doit seulement : soulager. Exister, enfin, même à travers les décombres. Qu’ils cessent d’être transparents, que la société entière cesse de faire comme si elle ne nous voyait pas ne plus en finir d’architecturer notre tristesse.
C’est épouvantable, c’est dégueulasse et c’est mille fois pire pour les enfants de ces générations, ce qui se vit, là. Cette non-vie qui oblige à la surface, parce que c’est elle ou couler.
Pourquoi les médias bloquent-ils sur l’âge de 30 ans pour soudain décider de s’intéresser à une tranche de population ? Pourquoi, une fois le sujet giflé, sans intérêt ni pitié, plus jamais on n’entend parler des mêmes, dix ans après ? Tous, ils disparaissent, ceux qui brièvement auront été sous loupe, d’ailleurs observés par leurs propres conscrits qui invariablement ne se reconnaissent pas dans le marasme décrit. C’est propre à ce lot générationnel, il est incapable de discerner que ces limites et ces crève-cœurs sont communs au lot. C’est explicable par l’expérience même de toutes ces générations : elles n’ont jamais pu faire groupe, même à deux, même en couple, même au sein d’une famille issues d’elle, parce qu’elles ont été élevées pour se distinguer de la masse, d’une part, et de l’autre parce que le développement naturel de chaque individu a été empêché d’aboutir.
Le mystère de ces générations provient simplement de la non-analyse absolue, historique, sociologique, psychologique non pas d’elles, mais de leurs temps affiliés : celui de leurs parents, celui de leur enfance, l’époque même, à chaque échelle, régionale, nationale, internationale sur 50 ans. Ce ne sera pas traité dans cet article (juste parce qu’il faudrait 200 fois sa longueur pour un résumé.) uniquement tranchant net pour une description vite argumentée, à la date d’aujourd’hui. Mais ces 4 générations paient l’inconséquence, l’irresponsabilité d’autres générations, tous leurs univers alors qu’elles étaient dépendantes, très jeunes, n’ont jamais été pensés pour elles, ni sur l’instant, ni dans le temps.
Réussir, percer, obtenir quoi que ce soit, pour les quadras, c’était avant tout être le meilleur. Ils ont tellement fait la preuve que la compétence ne servait à rien, jamais reconnue, voire une peine, fondamentalement ne leur ayant jamais rien apporté qu’un épuisement précoce au mieux et au pire une série d’emmerdes effarantes d’illogisme, très complexes à retenir parce que vides de réalité, d’arguments, d’étapes matériellement fixes, que leurs cadets, socialement, ont donné un tour de vis, larguant beaucoup de conscience, avec elle une certaine zone de cette compétence ridiculisée, celle concernant notamment la gestion dans ensemble, la vision large. Les cadets ont compensé avec un égoïsme cette fois affiché, très différent de la première arrogance naïve des quadras qui avaient largement payé pour vouloir ensuite quelque chose uniquement pour eux.
L’égoïsme des cadets, les 35-40 ans, les a sans doute un peu mieux protégés des coups professionnels et sociétaux, et ceux-ci étaient moins puissants, aussi, parce que ceux puissants des 68tards ont lâché l’affaire, aussi, mais il reste en place leurs dauphins, et bien trop d’entre eux à des endroits clés ; et l’égoïsme des trentenaires ne leur a pas pour autant apporté, par personne, un îlot de confort, et sûrement pas de bonheur. Les 30-35 ans sont encore plus affaiblis, et on ne peut même plus parler d’égoïsme tant ce n’est plus définissable, senti, affiché. C’est du repli, fragile. C’est du « moi d’abord » par manque de force, physique et morale, d’aller dire à quiconque sa recette de vie et tenter de l’imposer. C’est assez inerte, par pour autant explosif, les tensions entre les vrais cons orgueilleux et les modérés seront plus fortes que dans les générations du dessus, mais de moins de souffle aussi.
Quoi qu’il en soit, s’il y a quelque part dans la dernière génération une autre sorte d’investissement, parce que le monde a tourné sur lui-même, parce que l’écologie offre des terrains vierges où aller planter sa tente, s’imaginer une philosophie, jouer au colon, il y a encore plus de blablas et toujours moins de collectif dans la masse. L’engagement tient uniquement parce qu’il est ciblé. Ce n’est sûrement pas un mal de se tourner vers une action, on dira planétaire en passant par son moi, mais ça n’assure toujours pas les fondements de la société suivante. C’est bien trop compter, toujours et encore, que les générations ne sont que succession de strates, et que la société n’est pas un corps entier, de bébé à vieillard.
Elle doit être pensée en tout, par un bout, c’est très bien, à condition, par ce bout-là, de ne pas larguer les amarres et laisser le reste sur le quai. Ou l’inverse, d’ailleurs.
Une distance-temps de 16 ans, un volume social très important, des portraits de plus en plus catastrophiques et inquiétants chaque 30 ans fêtés, et personne ne s’en soucie. La société s’en fout, celles des aînées, et celle qui vient ensuite qui, à nouveau, n’a rien en commun. Mais qui, elle, millennials, Y & Cie, a été reconnue depuis toujours, chouchoutée, avec le droit de n’être qu’elle, elle a dominé enfant, elle pense qu’elle dominera adulte en se foutant de tout. Elle n’est en rien du tout celle qu’on croit, son poids de non-culture peut faire des dégâts considérables.
C’est un drame en soi cette ignorance sociétale, celle des sociologues, celle du monde intellectuel et culturel, celle politique. Et pas la peine d’aller chercher l’âge du président, il a entre 15 et 70 ans, instable, il ne remplit aucun critère, il n’a vécu que son temps, hors du temps, donc il est déclassé de sa propre époque et génération.
Le bloc 7090 est un tel silence sociétal, un tel rien, il est si dépourvu d’histoire, de passé, d’avenir, qu’il faut croire que 4 générations vivent sans causes ni conséquences, sans envie, besoin ni désir, sans programme, sans espoir, de rien, qu’elles viennent de nulle part, de rien, ne vont nulle part, vers rien, sont apparues et continueront d’apparaître, jusqu’à leur mort, par magie.

À demain.

* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot : 7_ ENCHANTED [enchanté (par magie)]
Demain :
8_ FRAIL [frêle, faible, fragile]

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