Article rédigé dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS. Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
6_ HUSKY [rauque | enroué | costaud (garçon, homme) | race de chien]
La cantatrice rauque. [6/31 #Inktober]
SCÈNE I — Parvis, français, ciel du soir de fumées jaunes et noires, françaises, M. Président, Français, dans ses manchettes, françaises, sur les genoux de Mme. Président, Française, M. Majordome, Français, dans son costume, français, M. Poker, chien, français, au collier étrangleur, français. Ils sont près d’un feu français. Des battants de bourdons d’une cathédrale frappent 17 coups français.* **​​​​​​​
M. Président : — Tiens, il est 21 heures. C’est parce que nous habitons l’Élysée, et que notre nom est Président. Cap.
M. Poker : — Cap, Cap.
M. Majordome : — Cap, cap, cap.
M. Président : — Cap, cap, cap, cap.
M. Poker : — Cap, cap, cap, cap, cap.
M. Majordome : — Oh, décidément.
M. Président : — Nous sommes tous enroués, ce soir. Cap.
M. Majordome : — Pourtant, il ne fait pas froid.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : — J’ai un enterrement. Cap.
M. Majordome : — Faites comme si je n’étais pas là, ma carrière préfère.
M. Président (pleurnichant, se balançant sur les genoux de Mme Président) : — Je veux la Lincoln, Dallas, la balle. Cap.
M. Poker : — Dallas est une ville en Amérique.
M. Majordome : — Pourtant, il ne fait pas froid.
M. Président : — Ils me tueront peut-être d’une balle, mais jamais d’autre chose. Répétez-le. Dites bien que je l’ai murmuré, pénétré, les dents serrées, allant au-devant de mon destin le front pur. J’y crois. Profondément. Cap.
M. Poker : — Je ne dormais pas. Votre tour viendra.
M. Majordome : — C’est son destin, de parler de destin. Certain en ont un, d’autres en parlent. Certains pensent qu’en parler en fait un. Il ne faut pas confondre avec l’avenir. Ni le futur. Un destin est déjà écrit, par les dieux. Beau, grand, héroïque.
M. Poker : — C’est comme la valse, sans étagère, ça n’a aucun goût.
M. Majordome : — C’est connu. Et peu importe le lampadaire.
M. Poker : — Un bien triste fer à friser.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : J’ai un enterrement. Cap.
M. Poker : — On se soumettra pas à ta vos lois, la banlieue c’est morose.
M. Majordome : — C’est ton destin.
M. Poker : — J’aime mieux un oiseau dans un champ qu’une chaussette dans une brouette.
M. Président : — J’ai un autre enterrement, et toujours celui d’un autre. Cap.
M. Majordome : — Allons, un jour, vous irez au vôtre, déclamez votre hommage, enfin. Car nous sommes tous enroués. Cap. Cap. Cap. Cap.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : —J’ai demandé au gouvernement de demander au gouvernement. Lavez-moi les mains. Ce n’est pas à moi de faire ça. J’ai un gouvernement. Cap.
M. Poker : — Que faites-vous ?
M. Majordome : — Je lui lave les mains, je suis le gouvernement, il ne doit pas savoir que je me cache. Et inversement.
M. Président (chantant, se balançant sur les genoux de Mme Président) : — Cap. Nous sommes à l’hémistiche, destin, après le premier hémistiche, cap, par extension, cap, et avant le second hémistiche, destin. L’hémistiche sépare un vers en deux hémistiches, cap, nous sommes à l’hémistiche. Cap. Destin profond. Mon siècle avait deux ans, déjà je perçais sous moi. Cap.
M. Poker : — Pourquoi les battants frappent minuit ?
M. Majordome : — Touche la mouche, mouche pas la touche.
M. Poker : — Tiens, on sonne.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
M. Majordome : — L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne. C’est en n’allant jamais ouvrir que je l’ai appris, ainsi je reste caché et personne ne me voit.
(M. Poker va ouvrir et revient)
M. Poker : — Effectivement, c’était un Gilet Jaune.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
M. Majordome : — L’épluchure folk a perdu toute dignité en choisissant l’algèbre.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
M. Poker : — Pourtant, il ne fait pas froid.
M. Majordome : — Ce n’est pas impossible.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
M. Poker : — Pourtant, il ne fait pas froid.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
M. Majordome : — Ce n’est pas impossible non plus. Vous faites bien de le préciser.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
(On entend sonner)
M. Poker : — Tiens, on sonne.
M. Majordome : — L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne. Ainsi, on a une chance d’être président, plus tard.
M. Poker : — Allez voir vous-même. Je ne suis pas majordome, je suis un chien.
M. Majordome : — Je ne suis pas chien moi-même, mais tout s’apprend, regardez-moi, comme je marche au pied, couché, malgré ma taille.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : — Liimp-pouft-impppp-pouft, ekk, ekk, ekk, ekk.
M. Poker : — C’est de l’Islandais.
M. Majordome : — C’est de l’inspiration. Ça vient, ça vient. Voyez, il sourit, admiratif de la simplicité bientôt révélée, bientôt, il finira.
M. Poker : — Une partie, en attendant ?
M. Majordome : — Inventons des leviers pour lutter contre les passoires thermiques.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : — Liimp-pouft-impppp-pouft, ekk, ekk, ekk, ekk.
M. Poker : — Que font-ils ?
M. Majordome : — Ils traversent la rue, pour trouver du travail.
M. Poker : — Et de l’autre côté ?
M. Majordome : — Ils traversent la rue, pour trouver du travail.
M. Poker : — Et de l’autre côté ?
M. Majordome : — Ils retraversent la rue, pour trouver du travail.
M. Poker : — Ce qu’il faudrait aux moustaches, c’est des trottoirs. Et aux truites, des cafetières.
(On entend sonner.)
M. Majordome : — Tiens, on sonne.
M. Poker : — Regardez, je sais aussi me coucher.
M. Majordome : — Ivre, on le dit.
M. Poker : — On le dit à jeun aussi, sur des échasses et en montgolfière.
M. Majordome : — C’est surprenant. Il n’y a donc plus de tourte à la scarlatine.
(On entend sonner.)
M. Poker : Tiens, on sonne.
M. Président (levant un bras) : —…D’être ce que nous sommes.
M. Poker : — Allez donc ouvrir puisque vous connaissez votre métier.
M. Majordome : — Le plus vieux du monde.
M. Poker : — On le dit.
M. Majordome : — Et si c’est encore personne ?
M. Poker : — Frappez mais n’ouvrez plus. Je fais ainsi, et ça ne marche pas à merveille.
(M. Majordome va ouvrir et revient)
M. Majordome : — Il y avait bien quelqu’un.
M. Poker : — Ce n’était donc pas personne.
M. Majordome : — C’est le capitaine des pompiers !
M. Poker : — Pour le calendrier ? Je n’ai pas de monnaie.
M. Majordome : — Je n’ai pas de monnaie.
M. Président : — J’ai décidé de ne pas garder cette option.
M. Poker : — C’est bien embêtant, c’est bien utile, un calendrier, quand il fait chaud.
M. Majordome : — Cap, cap, cap, cap, cap.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : — Ce que nous traversons réside aussi parfois dans l’oubli du courage et les petits abandons.
M. Poker : — Je suis couché, il est couché, et pourtant, j’ai toujours mon collier.
M. Majordome : — Tenez-vous ainsi, mains derrière le dos, avec sérieux.
M. Poker : — Laissez-moi poser mes valises.
Le Pompier : — Je suis chargé d’éteindre tous les incendies de la ville.
M. Poker : — Vous faites crédit ?
M. Majordome : — Tous ?
Le Pompier : — Oui, tous.
M. Poker (confus) : — Je ne sais pas… je ne crois pas, vous voulez que j’aille voir ?
M. Président : — La France n’est pas un pays comme les autres.
M. Majordome : — Il ne doit rien y avoir. Ça ne sent pas le roussi.
Le Pompier : — Rien du tout ? Un petit début d’incendie, au moins ?
M. Président : — La France n’est pas un pays comme les autres. (Serrant son poing et le levant, se balançant sur les genoux de Mme Président.) Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs.
Le pompier (hochant, la tête) : — À qui le dites-vous.
M. Majordome (à M. Poker) : — Réveillez-vous. Allez chercher de la monnaie.
M. Poker : — Je ne suis pas votre chien. Un calendrier n’est pas si cher.
M. Majordome : — On voit que ce n’est pas vous qui devez le tenir, le remplir, l’accomplir.
Le Pompier : — Brûle-t-il ?
M. Poker : — Écoutez, je ne veux pas vous faire de la peine, mais je crois qu’il n’y a rien, chez nous, pour le moment. Je vous promets de vous avertir dès qu’il y aura quelque chose. Je ne mens jamais.
Le Pompier : — C’est que les gens disent ça, mais appellent toujours trop tard.
M. Majordome : — Hé bien, laissez donc ce calendrier et nous y réfléchirons.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : Cap, cap, cap, cap, cap, cap.
M. Poker : — Ce n’est pas le feu, c’est qu’il est enroué.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : Cap, cap, cap, cap, cap, cap.
M. Majordome : — Ce n’est pas le feu, c’est que cap.
Le Pompier : — Pourtant, je croyais… Mais si vous me dites cap, alors, je vous crois.
M. Majordome : — C’est vous qui savez.
Le Pompier : — Non, si vous me dites cap, alors, je vous crois.
M. Majordome : — Oui, mais s’il y avait bien le feu ?
Le Pompier : — Non, non, si vous me dites cap, alors, je vous crois.
M. Majordome : — Oui, mais s’il y avait vraiment le feu quand même ?
Le Pompier : — Non, non, non, si vous me dites cap, alors, je vous crois.
M. Majordome : — Oui, mais, si malgré cap, il y avait vraiment le feu quelque part, quand même ?
Le Pompier : — Non, non, non, non, si vous me dites cap, alors, je vous crois. Et sinon, il y aurait de la fumée, comme celle-ci, là-haut, dans le ciel, jaune et noire.
M. Poker : — Je vais cueillir des queues de vaches. Je les offrirai aux prunes, ça devrait suffire.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : Cap, cap, cap, cap, cap, cap.
Le Pompier : — Bon, pardon du dérangement. Bien bonne soirée, Mesdames, Alouettes. Vous savez, je suis pompier, mais je préfère les fausses alertes et ma chandelle est morte. Et inversement.
M. Majordome : — On dit pourtant : « pas de fumée sans feu. »
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : Cap, destin, profond, profond, profondément, profondeur, profond, destin, cap. Destin, cap, cap, destin, cap.
Le Pompier : — Vous voyez ? Aucun feu. Je n’ai pas de plume. Ni mon ami Pierrot.
M. Poker : — Je ne bâillais pas. Auriez-vous des allumettes ?
M. Majordome : — Évidemment, Monsieur est pompier.
Le Pompier : — Ce n’est pas pour jouer ? J’ai su que vous étiez en rémission.
M. Poker : — Me tenir les paupières.
Le Pompier : — Mettez votre main sous votre menton. Sans feu, les affaires vont mal, et comme il n’y a pas de rendement, la prime à la production est très maigre. Mais si vous me dites cap, alors, j’attendrai.
M. Majordome : — Rien ne va. C’est partout pareil. Le commerce, l’agriculture, cette année c’est comme pour le feu, ça ne marche pas.
M. Poker : — Pas de blé, pas de feu.
Le Pompier : — Pas d’inondations non plus.
M. Majordome : — Pas de leviers contre les passoires.
M. Président (geignant, se balançant fort sur les genoux de Mme Président qui commence à grincer) : — Comment ne pas éprouver la fierté d’être français.
Le Pompier : — En éteignant tous les feux.
M. Majordome : — Non, il a dit : comment ne pas éprouver la fierté d’être français.
Le Pompier : — Oui, oui, j’ai compris. Et je dis : en éteignant tous les feux.
M. Majordome : — Non, il a dit : comment ne pas éprouver la fierté d’être français.
Le Pompier : — Tiens bon le cap et tiens bon le flot : en éteignant tous les feux. Hissez haut ! Hissez haut ! Santiano !
M. Poker : — Tout est affaire de coquetier vert.
Le Pompier : — Sur la mer qui fait le gros dos, nous irons jusqu’à San Francisco.
M. Poker : — San Francisco est une ville d’Amérique.
M. Président (se balançant de plus en plus vite sur les genoux de Mme Président qui grince terriblement) : — Cap. La profonde profondeur de la profondeur, j’y crois, je crois, nous croyons, donc vous me croyez profondément.
M. Poker : — Lavons-lui les mains avant de finir en strapontins.
M. Majordome : — Comment osez-vous ? Je suis de droite gauche droite gauche droite gauche, et tout à fait au centre.
M. Poker : — Pardon, c’est que comme vous n’ouvrez à personne.
M. Majordome : — C’est qu’il ne faut pas qu’on voie comme je ris, personne ne me reconnaîtrait.
M. Président (pivotant tout en se balançant violemment sur les genoux grinçants de Mme Président) : — La profonde profondeur de la profondeur du cap du destin de la profondeur ! (serrant ses deux bras croisés contre lui et baissant d’un coup la tête.) J’y crois profondément. Allumez le feu !
Le Pompier : — Me voici, il me reste des calendriers gratuits. Où est le feu ?
M. Poker : — Il n’y en a pas. Je vous l’aurais menti. Ce n’est rien, une rechute, depuis Johnny.
Le pompier : — Mais… Ce ciel est plein de fumées jaunes et noires ?
M. Majordome : — Comment osez-vous ? Qui vous a ouvert ?
Le pompier : — C’est vous-même, je me souviens, votre tête était posée au-dessus du cadre de la porte, pour que je ne vous voie pas. Vous avez même dit « Tiens, c’est quelqu’un ! », car je ne suis pas personne, moi. Je suis le Capitaine des pompiers et je vous ai cru longtemps quand vous me disiez qu’il disait qu’il y avait un cap, et à présent, je vois bien ce ciel de fumées jaunes et noires. Hissez haut ! Et je suis fier d’y être matelot, Monsieur !
M. Majordome : — Je vous croyais le Capitaine des pompiers ?
Le Pompier : — C’est cela même. Et vous répétiez cap, cap, cap, je vous ai bien entendu.
M. Président (pivotant tout en se balançant et sautillant, debout sur les genoux de Mme Président grinçant toute) : — La profonde profondeur de la profondeur du cap du destin de la profondeur ! (Serrant ses deux bras croisés contre lui et baissant d’un coup la tête.) J’y crois profondément. (Ouvrant les bras et hurlant) Allumez le feu !
Le Pompier : — Où ! Partout ! Je dois éteindre tous les feux !
M. Majordome (précipitamment mais d’un ton calme) : — Il invente des caps, et inversement, l’essentiel est qu’il ne retienne jamais ce qu’on lui propose, écrase tout le monde, ait le dernier mot et délègue tout ce qui le fait chier, dont les queues de vaches, regardez, voulez-vous un bouquet pour Margot ? Le chien, donnez votre bouquet.
M. Poker : — Il est fané, hissez haut. Cap ou pas cap, alors ?
M. Majordome : — Cap ! Cap ! C’est à moi de dire pas cap ! Dans quelques temps ! Il n’est pas temps ! Cap ! Cap ! Cap ! Cap ! Cap ! Cap ! Cap ! Cap ! Cacahuètes, pirouettes ! Cap pirouettes !
Le Pompier : — Et cette fumée, alors ! Ignorez-vous l’expression pas de fumée sans feu ?
M. Président (hurlant, sautant à pieds joints, debout sur les genoux de Mme Président grinçant toujours plus) : — Il y a une aspiration à un sens profond dans notre pays et on ne l’a pas encore trouvé ! Où sont les Gilets Jaunes ! Je veux les Gilets Jaunes ! Je veux qu’on m’attaque ! Je veux un autre grand tour des trous du cul de France, je veux un autre grand débat plein de trous du cul, bordel ! Je veux plus d’enterrements, plus d’hommages, plus de G7, encore, encore, et Dallas ! Et des feux ! Je veux des feux partout ! En Amazonie ! En Europe ! Partout en Europe ! En France ! À Paris ! Partout ! Allumez le feu !
M. Poker (regardant le pompier) : — Dallas est une ville en Amérique.
Le Pompier (défait) : — Ma chandelle est morte, regardez, elle tombe, en flammes.
M. Président (faisant des saltos arrière et avant sur les genoux de Mme Président, tout en battant des mains, Mme Président grince en rythme) : — Ah ! Ah ! Qui oubliera jamais comme cette chandelle était chère au cœur des Français ! Sa profonde lueur profondément réfléchie, la profondeur de sa lumière, j’y crois ! Gilets Jaunes ! Allumez le feu ! Je ne crois pas du tout que ce qui a un moment créé la colère sincère de. La population soit derrière nous ! Allez-y, bordel ! Faites tout péter, bordel ! Allumez le feu !
Le Pompier (calmement) : — Je vais chercher mes gars.
M. Poker : — Je vous enverrai les miens. N’oubliez pas d’autres calendriers. Sincèrement vôtre.
M. Majordome (tapotant la tête de M.Président) : — Là, là, vous n’aurez qu’à vous présenter à toutes les mairies de tous les trous du cul pour vous occuper. Et n’oubliez pas, vous vous présentez contre vous dans deux ans, et vous allez vous écrasez, vainqueur loué par les grillons, les petits pois, la marmelade de foie et les œufs de chèvre.
(Le Président pleure à chaudes larmes.)
M. Président : — Je serai si profondément profond. Je veux être dans la Pléiade, je veux un César, un Oscar, la Légion d’honneur remise à Versailles avec les grandes eaux, faire l’Olympia et je veux être le seul auteur cité du CP à Sciences Po et siéger à l’Académie.
M. Poker : — J’aurais voulu être un Husky et tirer des traîneaux.
M. Président : — Je veux réécrire l’hymne national, en profondeur, et la constitution, en profondeur, profonde, j’y crois, profondé…
M. Poker : — Tiens, on sonne.
M. Président (s’irritant très fort et tapant du pied) : — J’ai toujours persuadé tout le monde que j’étais un rêve ! Et tout le monde l’a cru ! Je suis un rêve puisque tout le monde l’a cru ! Je suis moi puisque tout le monde m’a cru ! Éblouissant, flamboyant, puissant, universel, omniscient ! Bordel ! Je veux que la France s’appelle Moi et je veux être le sauveur du monde. Je veux une guerre, un tabouret à vis, de l’huile pour ma chaise, et ma tétine.
(M. Poker, pleurant avec lui.)
M. Poker : — J’ai démarré, j’étais rien, et regardez, je suis moins que ça, maintenant, sans même avoir traversé la rue. Je suis si heureux que je ne le sens plus.
M. Président : — Je veux ma statue par , au-dessus de la Tour Eiffel. Je veux Michel Ange comme sculpteur. Je veux marquer l’Histoire, l’Histoire le dira. Je veux être la Joconde et je veux un opéra à mon nom, je suis un rêve. Je suis un rêve, vous verrez.
M. Poker : — J’ai toujours eu un peu les paupières tombantes.
M. Majordome (tapotant la tête de M. Président) : — Là, là. Cap, cap, cap, cap ?
M. Président : — Cap, cap, cap, cap.
M. Majordome (se remettant très droit) : — Qu’on lui trouve un pupitre, des caméras, un prêtre pour qu’il pleure dans son cou et allumez un feu, quelque part.
M. Poker : — Aux urgences, j’y ai envoyé pas mal de gars. Vous avez des allumettes ?
M. Majordome : — J’ai toujours les mains dans le dos. Propres.
M. Poker : — Et moi, un calendrier avec des photos de pompiers beaux et costauds.
M. Majordome : — Je suis à la tête du pays.
M. Président (hurlant) : — TÉTINE ! DOUDOU !
M. Majordome : — M. Président, nous venons de dîner, il est sept heures du matin, nous avons eu en dessert un délicieux grille-pain en sauce en chêne, un arbre centenaire, et inversement, chantez maintenant, dansez, Notre-Dame brûle.
(M. Président se met debout, menton haut, le regard porté au loin, il balaie lentement l’horizon d’un geste.)
M. Président : — Nous la reconstruirons. Cap, cap, destin, cap, cap. En 5 ans. Je serai alors pape. J’y donnerai une messe. La première de ma religion. Cap, cap, destin, cap, cap. Profond cap de la profondeur profonde du destin. Loué sois-je, d’être si bon, mais bordel, qu’est-ce que je suis bon. Et humble. Cap.
M. Majordome : — Cap. Cap.
M. Président : — Cap, cap, cap.
M. Poker : — Cap, cap, cap, cap.
M. Majordome : — Oh, décidément.
M. Président : — Nous sommes tous enroués, ce soir. Cap.
M. Majordome : — Pourtant, il ne fait pas froid avec ce bon feu, français.
M. Poker : — Tiens, on sonne.
(Le glas.)

À demain.

* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot : 6_ HUSKY [rauque | enroué | costaud (garçon, homme) | race de chien]
Demain :
7_ ENCHANTED [enchanté (par magie)]
** Toutes les références, citations et extraits détournés sont listés sur puck.zone, quelques passages notamment sont réellement de Ionesco, le personnage du pompier existe aussi dans la pièce, et quelques rythmes sont repris, par exemple celui du « cap, cap, cap » est en fait « Hm, hm, hm » suivi de « enrhumés » au lieu de, ici, « enroués ».
Back to Top