Article rédigé dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS. Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
3_BAIT [appât | amorce | leurre | tentation]
L’amorce de l’avenir : mordre ou ne pas mordre ? [3/31 #inktober]
Ne mordez pas. C’est un leurre.*
Cet article forme un triptyque avec le 4/31 et le 5/31.
Le concept de Présent éternel a été développé en 2004, reçu par un désintérêt total, ainsi qu’il le devait, donc validé. Il est la première démonstration de l’affirmation elle-même inédite : « Nous n’avons pas atteint notre contemporain » où le contemporain serait la « somme des acquisitions comprimées » à travers les siècles, reconnue universellement comme tendant vers l’idéal de l’humanité, pour son bien et celui de chaque individu, humain ou non. Ce n’est pas un espace accessible, pas plus un rêve concevable, c’est un point de fuite, mais la direction donnée, ainsi que l’aiguille d’une balance, autorise une lecture critique et analytique, et des propositions pratiques de rééquilibrage permanent de la réalité, de l’actuel, du temps dans sa distance et son volume à un instant t, un rééquilibrage qui ne se jouerait pas entre deux plateaux, mais des milliards.
0% de candeur dans l’affirmation « Nous n’avons pas atteint notre contemporain » étant donné qu’elle appelle avec essentialité un réalisme cruel, qu’elle convoque une multitude de savoirs, place le doute comme garantie absolue et demande à la conscience un effort dont les plus grands sages sauraient sûrement dire qu’il est inhumain. Ce n’est pas pour rien que cette affirmation concerne l’humanité, c’est qu’il faut bien le talent de l’humanité, d’un ensemble de générations, dont celles disparues, pour prétendre l’utiliser. Dans cette entreprise, l’A.I. a son plus beau rôle à jouer.
Nous n’y sommes pas, et nous y sommes déjà, depuis toujours, mais peut-être que, jusqu’à nous, il ne s’agissait que d’un phénomène naturel, ou alors nous y pensions ponctuellement, lors de grands désarrois, ou plus religieusement, même, afin de reprendre espoir, sans parler de sa version passeport dans les sectes ; c’était aussi juste un sentiment, un peu irréfléchi, une sorte de bon sens, ou inconsciemment : la programmation génétique pour notre propre survie, ou de l’instinct. Mais notre époque est la première à devoir rendre cet instinct mathématique, à devoir produire une thèse autour de cette affirmation, à la constituer extérieure et matériellement et peut-être même à devoir l’élever au rang de loi, évidemment inclassable.
Le contemporain en question n’est pas un « avenir », c’est un temps déjà là mais dans lequel on ne vit pas et que, conceptuellement, on doit tendre à obtenir, à construire. Il est forcément composé d’éléments connus, vécus, surexposés à toutes les alarmes, destructions, massacres, il aura survécu quoi qu’on ait tenté de lui opposer. Son imago apparaît déjà dans l’Histoire, dans un temps comme la Renaissance. L’objet de l’article n’est pas encore ce « contemporain » mais juste ce que sa teneur dénonce qu’il manque au temps que nous vivons, ou trahirait ce qui, dans ce temps actuel, nous empêche de l’atteindre. Par exemple, en premier lieu, « simplement » ne rien savoir du temps que nous sommes en train de vivre. Il est strictement sans analyse, depuis des décennies. Nous vivons un Présent éternel.
Nous avons fait que notre époque n’en finisse plus d’atteindre des extrêmes, de rentrer dans un mur qui recule plus elle avance, son front tapant contre. Nous avons mis au point, en 50 ans, et sans doute plutôt 80, un temps qui ne « serait » plus que source d’angoisse, avance et pourtant se ressemble, ne produit plus de futur qu’un leurre de com’, que de l’urgence réglée en la noyant dans les médias, que perspectives d’efforts, privations, drames, mutations comme des chantages, où qu’on pose les yeux, quoi qu’on touche, rêves ou actes, tous coupables. Des ouvrages internationalement lus ont pris le risque intellectuel de la « fin » avec irresponsabilité, renvoyant le monde, à bout de progrès, dans un temps où une éclipse terrorisait. Les sociétés sont à ce point perdues en elles que certaines, dont magistralement celle française, ne temporise plus rien en tenant compte de qui le perçoit et comment, et une affaire d’adulte devient l’affaire de tous ; le poids à supporter est le même qu’on soit âgé ou juste né.
Rien que dans ces paragraphes, on lit que l’horizontalité gagne ; de force le vocabulaire utilisé est plan : le même succède au même, le mur reste frontal dans une translation invariante, la noyade se place sous l’horizon, les poids sont répartis à égalité ; il n’y a aucun axe, certainement pas de tangente, il n’y a pas d’architecture, il n’y a donc quelque part pas de lieu, tout est nulle part, pas d’intersection, pas de choix, pas de doute, pas de tentative, pas de possibilité de revenir sur ses pas, pas de haut, pas de bas, pas d’arrière-plan définissable par un premier et inversement, pas de vertige, pas de colonne d’air, pas de loin, pas de près, pas de décomposition de la lumière, pas d’ombre non plus. C’est inhumain, au sens premier : ce n’est pas humain.
En 50 ans [et toujours sans doute plutôt 80, mais c’est un autre sujet] nous avons créé le Présent éternel, un temps insupportable, invivable, sans direction, ou une seule, stérile parce que le temps s’emporte sur lui-même, et ainsi tourne et s’enfonce, dont s’échapper est une histoire de survie, mais dont la nature insensée n’est pas dénoncée. Imaginez ce dont je parlais dans le 1/31 : une tornade fixe, la puissance d’un flux contre lequel lutter est impossible, une force d’aspiration colossale, et pourtant : immobile. L’image est difficile à penser, et c’est tout le problème de ce temps-là : IL NE PEUT PAS ÊTRE PENSÉ SIMPLEMENT.
Donc évidemment, quelconque parole, ou geste, faits de segments courts, d’une compréhension immédiate, ne peut que faire partie du Présent éternel, et quelconque tentative de faire admettre que ce temps ne cessera qu’à la condition qu’on y convoque la complexité est vouée à l’échec. La simplicité est de l’ordre de l’ultime production humaine mais absolument pas son essence. Nous sommes complexes à l’infini et nous pouvons produire de la simplicité grâce à notre complexité, mais l’époque le nie. Et elle l’a nié avant d’inventer la vitesse comme mode de vie occidental, c’est le court qui a engendré la vitesse, la vitesse n’a jamais rien raccourci.
Même de l’A.I. on attend déjà de la simplicité, et qu’elle nous simplifie la vie, alors que sa nature même n’annonce qu’un développement inextinguible de complexité vers la complexité jusqu’à ce qu’elle atteigne ce que seule la fiction pour l’instant a mis en œuvre pour elle : la simplicité. Elle saura, elle, d’où vient cette simplicité, incapable en elle-même d’oublier les milliards puissance milliards de calculs qui l’auront amenée à elle, qui même relevant de 0 ou 1 aura un background indissociable colossal, impensable humainement. Le coup cuculapraline de lui faire trouver l’ammmouuur comme réponse à tout sera affaire du « nombre humanité » en données, et elle ne la trouvera pas, on peut supposer qu’elle décide qu’il s’agisse plutôt …d’un point de fuite, une direction, rien de rond, déterminé, simple.
Le refus de la complexité est responsable d’un nombre épouvantable d’inversions de causes à conséquences, et leurs désorganisations insensées ne sont pas innocentes, loin de là, dans la constitution du Présent éternel. L’homme y est un certain monstre malhabile, ses pieds, par exemple, tournés vers l’arrière, et il marche pourtant, vers où le porte son regard, donc où on lui dit de regarder. Le poids de l’expérience n’est plus, car réparti entre les êtres, tous, ainsi les chefs d’État n’ont jamais rien vécu, ni souffert, des enfants vieillis, des enfants insupportables qui savent mieux que tous, impunis, et ainsi les enfants, de 0 expérience, parlent comme des vieillards séniles et tous les écoutent, ils dictent des lois de deux lignes au monde et le monde suit. La confusion est grande et ainsi on confond complexité et nombre ou nombreux, ce qui n’a rien à voir, on confond aussi simple et unique ou facile, ce qui encore est sans lien.
Les dissidents de cette simplicité, et qui, du coup, qu’ils le sachent ou non sont donc vecteurs de complexité, ou l’appelle, sont rabattus dans le sens de la marche et s’ils résistent, on les frappe, en France, à Hong Kong, ailleurs. On a demandé aux Gilets Jaunes d’élire des représentants, de pondre un programme, une charte, quelque chose de concis et leur complexité a été jugée cacophonie.
Le milieu intellectuel et culturel français n’est certainement pas le plus insignifiant des rabatteurs, et il sait frapper malgré sa niaiserie molle devenue la norme à Paris. Sa façon de tapoter avec un sourire de nain de Disney pour forcer à rentrer dans le rang courbe vaut de se prendre un dix tonnes dix fois.
Tout le système politique est atteint de simplicité et l’effervescence médiatique n’est que nombreuse, pas complexe. Aimer est devenu ça marche ou ça ne marche pas, sans enjeu, ni toile, ni architecture. Sans complexité, le désir n’a plus aucun espace, pas plus l’érotisme. Ni l’art. On cherche aussi, toujours en France, à faire plier toutes les religions pour qu’elles dépassent leur propre marche historique, dont on sait pourtant qu’elles n’ont pas le même départ, pour qu’elles se mettent quand même au pas du Présent, ce dont elle sont incapables, alors que se mettre à celui du contemporain est évident.
L’Histoire elle-même ne tiendra pas si elle doit céder au court, la mémoire collective ou individuelle n’y aura plus de nécessité réelle. Mais la longueur du Temps n’est plus admise, il est rabattu lui-même et n’a plus droit à un ECG fou et admirable. Tout doit être lisse, réellement, et malheur à quiconque, surpris, qui dira que la complexité sait l’être aussi, lisse.
Le temps passe dans ce Présent éternel. Il passe, c’est tout. Sans tenir compte de lui, et encore moins de ses habitants. Il y a bien la conscience mondiale que quelque chose doit s’arrêter, celui-ci parlera du consumérisme, et l’autre de la surindustrialisation, celui-là de la surproduction. Il y a bien, en pendant, l’autre conscience que l’avenir serait d’une tout autre matière que celle du présent et que le passage de l’un à l’autre tient de la frontière parce qu’il y a urgence menaçante et horrifiante, donc aucune longueur qu’horizontale qu’on longe ou qu’on traverse, c’est 0 ou 1, 1 c’est l’avenir. Tout le monde veut un avenir. Il était de droit, à présent : il a des conditions. Il y a bien, depuis peu, la vision internationale de deux temps distincts tant l’un ne saurait provenir de l’autre. La tendance actuelle est de prophétiser sans grande invention la fin du monde, avec un ridicule essoufflant, d’en menacer chacun, et la propagande qui s’est répandue est que l’avenir, notre avenir, l’avenir de tous, dépend de chacun, le poids réparti, unilatéralement, d’un vieillard à un nouveau-né. Voilà l’appât : 1 : sauver la planète. Voilà le seul avenir possible, 1, car sans sauver la planète, plus d’humanité : 0. C’est simple, hein, dit comme ça. C’est facile à comprendre, quand même, dans toutes les langues. 0 ou 1. C’est tellement simple que tous les enfants le comprennent, et mieux que leurs parents. C’est trop mignon, tous ces enfants qui vont sauver leurs parents et leur apprendre à vivre autrement.
Dans le Présent éternel, l’appât, c’est l’avenir. L’appât est gigantesque. Le Temps même ? Le passage d’un temps à un autre ? Ou nous mourrons ? L’appât, c’est survivre. L’appât, c’est nous, nos propres vies, soudain toutes réglées sur le même temps, vieillards et bébés, même poids de conscience, même expérience, mêmes connaissances.
Le dernier-né du Présent éternel, « l’avenir », n’a rien à voir avec le futur. C’est un compresseur faramineux qui écrase toute la tessiture de toutes les sociétés sur une seule ligne, qui condense l’Histoire en une dernière chance de continuer. « L’Avenir » est « la » simplicité ultime. La jeunesse se détache des us et coutumes de ses ancêtres (papa et maman), pour se livrer mentons hauts à d’autres choix de vie. Cette jeunesse est l’avenir, tous nous devrions l’écouter. Elle ne sait rien, aucune culture, aucune connaissance, aucune expérience, elle va si bien avec les chefs d’État qu’elle exècre, et elle a son petit livre vert qui illumine son peuple, elle est nimbée d’une conscience translucide, elle n’a pas connu le mal, elle, au moins, et ne le fera pas. Son corps et son âme sont neufs, une génération spontanée, elle réinventera le monde, d’ailleurs. L’avenir, c’est donc la jeunesse ? …Laissez-moi réfléchir.
La jeunesse ? La jeunesse ! On se rue tous sur l’appât, pour le dévorer, chacun ; il y en aura pour tout le monde si tout le monde va dans le même sens. Puisque la douleur est niée, personne ne sent l’hameçon percer. Et le Présent mouline, fixement, ramène sa proie vers l’intérieur.
L’unique façon d’éviter ça, …et au passage, qu’on se rassure, de sauver la planète, parce que c’est indissociable, c’est de ne surtout pas mordre, de s’arrêter et d’étudier de quoi est faite cette amorce, de considérer mieux sa forme, s’apercevoir qu’elle parle, pense, bénéficie d’une culture considérable, a des siècles d’histoire, une expérience inquantifiable, a été célébré par des siècles d’art, souffre à hurler accrochée à l’hameçon, sait comment et pourquoi elle s’y est retrouvée accrochée, ne désire que s’en arracher, quitte à plus de douleurs encore, pendant un moment, d’efforts inouïs, à parier qu’elle guérira, qu’elle vivra longtemps. …Ce serait drôlement bien que ça arrive avant que la propagande suivante soit de vanter que l’humain est 100% bio.
La nature, le monde animal, l’univers humain, sont d’une complexité absolue, le moins qu’on puisse pour les sauver, tous, c’est de la respecter. Il y a un truc simple à comprendre: la complexité intègre la simplicité d’office. La simplicité n’a qu’elle ; une fois gobée, plus rien. Il est aussi assez simple de comprendre que lorsqu’on a mordu l’appât, on le devient et on espère alors être regardé, pour ce qu’on est, par celui qui voudra nous dévorer. Le plus souvent, dans le Présent éternel, c’est soi-même, et on s’ignore. Sort of soft human-baiting.
Enfin, il vaut mieux parler de l’avenir que du Présent, parce que dès qu’on essaie, on se fait ou exiler, ou tabasser, ou les deux. Ou tuer.

À demain.

*cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot : 3_BAIT [appât | amorce | leurre | tentation]
Demain :
4_ FREEZE [gel]
Back to Top