Article rédigé dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS. Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
2_MINDLESS [stupide | abrutissant | gratuit (violence) | irraisonné | incompréhensible]
Le Président abrutissant, farce en une scène. [2/31 #Inktober]
La culture intensive macroniste entraîne la déforestation du sens. Grammaire et dictionnaires partent en fumée, bibliothèques et murs muséaux s’effondrent, dans leur chute entraînent l’Histoire, aussi vite démembrée, écorcée, tronçonnée, transformée en tréteaux. La logique est pulvérisée en copeaux. Cette désertification durable n’émeut personne, pourquoi ?*
Quand les Gilets Jaunes sont apparus, les mots qu’ils ont dits, écrits sur leurs panneaux, cabanes ou gilets étaient peu nombreux, les lignes étaient droites sémantiquement, construites sans jeu : Je ne peux pas nourrir mes enfants avec ce que je gagne, je ne peux pas me payer un toit, je ne sais jamais de quoi demain sera fait : je n’en peux plus. Le discours Gilet Jaune était impeccable, froid, court et précis.
Pendant des mois, Paris a froncé, apeuré et ricanant, aboyant quelquefois : Que disent-ils ? Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’on les tue, qu’on en finisse.
Abrutis par une incompréhension qui leur était impossible à relativiser, à gérer, abrutis par le silence face à eux, les Gilets jaunes ont commencé à hurler, pensant encore sainement à de la surdité. En face : Que disent-ils ? Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’on les tue, qu’on en finisse. Et il y a eu l’humiliation de la violence gratuite, (et celle physique n’a pas été la pire), d’État, avant tout, parce qu’ainsi que les philosophes l’ont alors si puissamment expliqué : quand on n’a plus les mots, il y a la violence. Sauf qu’ils ne sont pas aperçus que c’était l’État qui n’avait jamais eu les mots, les élites dont eux-mêmes, la culture, les comédiens, les auteurs, les chanteurs, même le plus incompétent des bateleurs en général, dont le président.
À partir de là, imaginer la moindre stratégie de la part du président ou du gouvernement est folie décervelée.
On pourrait imaginer que pour ne pas entendre les Gilets Jaunes, pour ne pas leur reconnaître qu’ils étaient le sens même, pour ne pas voir l’incroyable espace historique comble que le mouvement avait d’un coup libéré à l’intérieur du vide totalitaire sociétal, on a biaisé : d’une part en les rangeant dans les extrêmes, les bêtes haineux, irraisonnés, irraisonnables, de tous bords, mais surtout, d’autre part, en leur demandant de se rassembler et s’élire, d’écrire des rapports, de présenter un projet, un Power Point boursouflé d’Excel, des études de leur propre marché afin de rendre complexe leur message, de l’industrialiser, l’administrativer, comme si sous un certain seuil de complexité enchevêtrée crénelée de hiérarchie sa compréhension était impossible, comme si, parce que hiérarchiquement hauts placés, les esprits n’étaient plus capables de communiquer avec « un inférieur », comprendre dix mots à la suite, formant une phrase correcte, d’un seul sens possible. Une flèche de sens traversant net le cœur de la France, dirigée sur l’avenir.
Mais croire en tel programme réfléchi signifierait qu’il y avait donc conscience de la nature de la parole des Gilets Jaunes et de ce qu’ils révélaient de l’état de la société tout entière, historiquement, donc qu’il y avait, déjà, antérieurement, connaissance réelle de l’état sociétal actuel et des raisons à cet état, et volonté de le dissimuler à tout prix pour x raisons.
Un scénario fictionnel, d’apprentis complotistes, donc évidemment faux.
Il y a eu violence parce que, réellement, crument, stupidement : IL N’Y AVAIT PAS LES MOTS. Aucune réponse, parce que les Gilets jaunes étaient 0,6% d’inconnus de 100% d’une société inconnue.
Le mouvement Gilets Jaunes aurait pu être figé dans l’instant de son déploiement ; tout le milieu intellectuel aurait dû immédiatement intervenir avant même qu’il soit question de prendre sa défense. L’apparition du mouvement était la chance unique de rendre limpide et enfin compréhensible la situation générale française ; c’était une ramure de démonstrations parfaitement organisées, déjà.
Ne serait-ce que physiquement, en se séparant de la société, en se mettant face à elle et dévoilant qu’elle ne regarde plus jamais rien que par son côté borgne, en désignant, même d’un poing, son absence, son silence, son immobilité, le mouvement Gilets Jaunes était « la » preuve.
D’un coup et d’un seul, le mouvement en appelait à l’intérêt de toutes les spécialités intellectuelles et convoquait tous les axes des sciences humaines, il avait pour lui l’antériorité historique, l’expérience littéraire, la démonstration artistique mondiale, et le tout séculaire.
Il n’y avait strictement aucun besoin de le sacraliser, d’en faire un poème hugolien de bazar, de le dramatiser en haut de barricades de papier mâché. Ce qu’il était, scientifiquement, suffisait amplement, naturellement. Il n’était ni à glorifier, ni à sanctifier, ni ridiculiser, finalement, en le rendant exactement ce qu’il n’était pas.
C’est la violence exercée qui a appelé une emphase très dommageable, vrai poison pour la vérité. On a pu se pâmer aux micros à parler de martyrs, et l’excès a ruiné le sens.
Mais le mouvement Gilets Jaunes avait aussi défriché un tout autre espace dont il avait l’exclusivité et il y en a un qui n’a vu que ça : l’espace de parole. Il lui fallait. Une scène gigantesque, tous les micros, toutes les caméras, pendant un temps artificiellement maintenu en vie à sa seule volonté, et il débrancherait tout uniquement quand il l’aurait décidé.
Le président a opposé à l’unifié discours Gilet Jaune un fracas bruissant, brouillon et insensé, démultiplié, étendu à la France entière. Il a écrit une lettre aux Français, de fautes d’orthographe et de grammaire, de contre-sens stupéfiants : « En France, le sens des injustices est plus vif qu’ailleurs. » « Comment ne pas éprouver la fierté d’être Français ». Cette lettre est toujours sur le site de l’Élysée, a été sujet des médias des milliers d’heures, personne, alors que tout reposait sur elle, personne n’aura seulement relevé qu’elle était écrite par un illettré.
Un grand débat a eu lieu qui ne comptait que pour le public et la claque. La crise des Gilets Jaunes, appellation elle-même hors de sens, devait se finir avec un discours inqualifiable sauf abrutissant, prônant « L’art d’être Français, une manière très particulière d’être ce que nous sommes ».
Un tsunami de mots, de formules, de phrases, tous les jours, partout, toutes plus incompréhensibles les unes que les autres, n’ayant jamais existé nulle part parce que fondamentamement n’ayant aucun sens, relayées à hauteur de toutes les chaînes privées, publiques, les radios, les journaux. Massivement, ça a été la ruée. Il n’en est rien ressorti.
Mais l’espace libéré par le mouvement Gilets Jaunes n’était plus que ruine.
Ils étaient là, adultes de 18 à 88 ans, ils avaient quelques mots, sonnés par leur propre énergie vouée à leur cause qui leur paraissait si évidente, ils sont restés dans leurs places fortes, hagards, insultés chaque jour, ignorés à un point lui aussi historique, parce qu’il fallait que le président s’éclate avec son jouet.
Ce n’était pas à eux, ça n’a jamais été à eux, à travers les siècles, de transcrire une cause en arguments lourds et démontrés, en concepts, pour la porter plus haut, armurée.
On pourrait imaginer que ceux qui auraient dû soutenir le concept seul de contestation, parce qu’il ne pouvait qu’avoir une essence réelle, vraie, impossible à nier, ont alors fait un choix et qu’en quelques semaines, tous les intellectuels et scientifiques, toute la « culture » française, ont laissé leurs propres institutions, mémoriaux, mausolées, musées, être rasées pour que s’étale avec jouissance, hystérie et gesticulation ahurissantes une stupidité publique impunie.
Sauf que non. Il n’y a pas eu de « choix ». En un trimestre, le président a pu s’offrir un pays entier d’abattis-brûlis où imposer sa culture unique parce que le pays était DÉJÀ couché et cendré, sauf les Gilets Jaunes. Les institutions étaient déjà dévastées. Le sens était déjà perdu.
Tout semble de droit, facile, évident, sans combat finalement, pour le président et ses patrouilles et ils s’en félicitent, y trouvent leur crédit, et mieux : leur justification, mais parce que, tout simplement, tout était déjà aplani, bien que personne n’entendait le silence alors.
Le président n’est là que parce qu’il abrutit une société déjà abrutie par elle-même. C’est là qu’il est à sa suite réelle, et qu’il provient bien de sa volonté, c’est ça qui fait qu’il n’y a pas d’opposition : le président abrutisssant n’a rien à faire que poursuivre l’œuvre même d’une société totalitaire, en toute impunité.
C’est la non-analyse de l’état de cette société, la non-dénonciation de son abrutissement par son propre silence, des sources de ce silence, la non-reconnaissance du seul groupe qui a su parler distinctement pour décrire ce vide, qui ont permis au macronisme de s’emparer d’absolument tout pour n’y planter, irrémédiablement, qu’un autre vide. Le projet « cap » macronien demande toujours plus de place, plus de place, plus loin, plus, plus, jamais assez de place, parce qu’avant tout il n’a jamais et n’existera jamais. Il est tellement grand, tellement vaste, qu’il lui faut plus de place ! Et c’est ça que chacun regarde, le désert grandissant tant l’œuvre sera immense. Mais jamais elle ne s’élèvera. Jamais. Il n’y a même pas le début d’un plan, pas même un croquis. Juillet 2019 « Il y a une aspiration à un sens profond dans notre pays et on ne l’a pas encore trouvé. »
Il est impossible qu’une farce pareille se mette en place en un temps aussi court en étant son propre auteur, décorateur, metteur en scène, ouvreur, maquilleur, éclairagiste, costumier, stratège ; tout ça demande des plans, une conscience élevée de la situation, une extralucidité, de la rage, de la puissance, une vision, une connaissance vaste du passé, une rigueur, et, si c’est une farce, une méchanceté, une détestation, un cynisme hors normes. Jamais, dans toute l’Histoire, ses qualités n’ont été utilisées pour la seule production d’une farce, jamais ses défauts non plus. Il n’y a que dans les fictions qu’on rencontre tel profil, ainsi le Joker de Batman. À nous, ici, on joue une farce parce qu’un histrion s’abusant lui-même a convaincu son monde qu’il menait un opéra.
Quel type de société peut confondre une farce et un opéra jusqu’à ses mélomanes, jusqu’à ses docteurs en Lettres, jusqu’à ses intellectuels ?
On croyait qu’il restait à la société française, il y a encore deux ans, quelques lois semblant pour toujours à l’abri, et immuables, chênes millénaires, magiques : le sens du langage, la valeur d’une expression, la définition des mots, la rigueur historique de la culture, sa grammaire, sa conjugaison, l’intelligibilité de sa littérature, de sa poésie, l’harmonie de siècles de production artistique uniquement basés sur la valeur sèche d’une matière, les mots, leur sens. 2017 a confirmé sa disparition, d’où tel président. Il n’a pas abattu le sens, il l’était.
Ce qui laisse supposer que voilà un moment, non-analysé, que la société française n’avait plus besoin, pour s’exprimer, de l’art et que l’art même ne s’occupait plus de l’exprimer, que la parole était déjà vaine, sans doute l’écoute aussi, qu’il n’importait plus à personne que les mots s’architecturent, ni à l’écrit, ni à l’oral, même à la science, que la logique s’était estompée sans que ça gêne grand monde, ni ne manque, que l’imprécision était tolérée, pour tout, que nul élève n’était plus tenu d’écrire dans un français correct pour que ses idées soient notées, ni personne d’avoir lu quoi que ce soit pour prétendre écrire.
…Attendez, pas la peine de supposer, c’était la réalité.
 « Comment ne pas éprouver la fierté d’être Français ? » avait toujours signifié et uniquement signifié, tous les dictionnaires unanimes : « Comment ne pas mettre à l’épreuve la fierté d’être Français ? ». Qu’on brûle ces dictionnaires.
L’Histoire tourne, il faudra bien, un jour, ressortir les discours, les écrits, les communiqués, et se justifier, devant elle, d’avoir, ne serait-ce qu’une seconde, cru qu’ils contenaient le moindre esprit. Il faudra s’en justifier, ou assumer les conséquences et avouer un temps d’une lâcheté, d’une trahison, d’une stupidité inédites.

À demain.

*cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS.
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot : 2_MINDLESS [stupide | abrutissant | gratuit (violence) | irraisonné | incompréhensible]
Demain :
3_ BAIT [appât | amorce | leurre | tentation]

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