Article rédigé dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS. Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
10_PATTERN [motif (design, déco), marque (sur animal) | modèle/méthode (industrie, contrat) | échantillon/coupon/gabarit/patron | disposition/configuration/arrangement/système (d’éléments) standard ou répétitif/récurrent (chimie, nature, analyse, médecine)]
Silence | inertie, motifs récurrents de la société totalitaire [10/31 #Inktober]
La société totalitaire présente une telle régularité condensée, étendue à tous ses constituants, des symptômes de son état qu’ils ne sont plus discernables. L’externe visible, mais l’interne aussi, individu par individu, de la société totalitaire, équivalent à une laque, miroir. Quoi qu’on dise qu’est, que pense et ressent cette société : elle le reflétera.*
Sauf peut-être si ce qui est dit est « nous sommes, pensons, faisons, ressentons un totalitarisme sociétal », et si on ajoute « une de ses conséquences immédiates, irrévocable, naturelle, constitutive, est la mise en place d’un régime totalitaire, involontaire et pourtant permis, soutenu, souhaité. »​​​​​​​
France Culture vient de notifier, dans son fil, une citation de George Orwell : « Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice. » Alors, déjà, la citation, qui date, ce serait bien de le dire parce que tout est là, hein, un p’tit peu, des alentours de 1940, est : “A people that elect corrupt politicians, imposters, thieves and traitors are not victims... but accomplices.” Je n’ai pas l’original, mais je voudrais savoir d’où sort le « renégats », absent dans la totalité du monde anglo-saxon, et le « ! » dans la version française. Et pourquoi « politicians » a disparu.
Orwell a aussi dit, entre autres, parce que les citations célèbres sont très nombreuses, "The further a society drifts from truth the more it will hate those who speak it” soit, à peu près : « Plus loin dérive une société de la vérité, plus elle haïra ceux qui “la parle”. » La vérité est ici considérée comme une langue.
Une société, si totalitaire, n’est pas complice quand elle met au pouvoir des politiciens imposteurs, elle est réellement victime, pas d’eux dans un premier temps, mais d’elle. Et une société, si totalitaire, ne hait plus rien. C’est bien le problème. D’un autre côté, une société, si totalitaire, ne peut plus distancer la vérité, pour elle : elle est vérité, elle n’a aucun moyen de dériver.
[Orwell a pourtant raison et son génie est invincible, la variation que je donne à ses paroles est démontrable par les dates, parce que nous sommes en 2019, mais je n’aurai pas la place ici de la démonstration, chaque chose en son temps.]
J’ai su déclencher de la haine, destructrice et d’une violence terrible avec la publication de Blanc, mais c’était en 2004. Si ce roman, (dans sa forme d’alors que je ne reconnais plus**), s’est fait tuer dans la seconde, c’est parce qu’il n’a pas atteint la société. J’en suis persuadée. Sinon, je n’écrirais pas dans ce blog, 16 ans après, à connement ne pas en démordre. Dans Blanc, je présentais le concept de société totalitaire, mais j’insiste : il n’a jamais eu l’occasion, à sa sortie, de rencontrer personne d’autre que le monde éditorial, culturel et médiatique. En 2004, la société était déjà dans un état totalitaire, une démocratie totalitaire, mais elle n’avait pas encore positionné un régime totalitaire. Par contre il y avait, préservés, des lieux de haine, viscérale : édition, donc Culture, et médias culturels. Autre chose : la haine n’a pas été la réaction au réel « fond » de Blanc, mais bien plus à sa « forme », et que son auteur ne soit « personne ».
Le totalitarisme sociétal ne s’étend pas dans une société saine, animée, réactive, agitée par sa conscience, normée par le haut par ses connaissances, veillée par son intelligence, travaillée de sa base et jusqu’à ses rêves, par ses entreprises, ses désirs, en révolution éternelle et irréfléchie, par ses évolutions cycliques d’abord purement naturelles, le grandir, le s’unir, l’enfanter, grandir à nouveau, et ensuite manufacturées, scientifiques.
Le totalitarisme sociétal n’est pas un état qu’on distingue en comparant deux états de la société dont on déciderait que l’un –existant au même moment qu’elle– est sa norme. Il n’existe aucune norme sociétale que dans les idéologies. La norme sociétale est fantasmagorique car effrayante à penser. Elle est une facilité, parfois, inventée par le politique, mais de manière réelle, elle est impossible.
On ne peut donc diagnostiquer un état sociétal totalitaire ni en se référant, forcément quelque part dans le passé, à une quelconque société qui aurait démontré un unisson de bien-être et d’activités désirées (parce que ça reviendrait à la croire un parc de naturistes houellebecquiens), ni à un idéal d’organisation complexe, forcément dans le futur, non que cette référence-là ne soit pas pensable mais elle n’appartient pas à l’Histoire, pas plus au présent, elle se trouve dans un temps, même conceptuel, inaccessible, donc impuissant, pour la bonne raison qu’une société totalitaire n’espère plus et ne sait pas qu’elle n’espère plus. Il n’y a pas d’avenir à une société totalitaire mais son éternel présent.
Toujours, la complexité de l’analyse de la société totalitaire proviendra de récurrences réellement encombrantes et, évidemment, totales : parmi elle, silence et inertie. Beaucoup de choses se passent en cette société sans qu’elle le sache. On lui dirait qu’elle répondrait « c’est faux » et qu’elle ne saurait pas qu’elle répond ça. Partout où la recherche se retourne, la société totalitaire nie sans le savoir, n’avoue rien, se tait, ne bouge pas, ne sait pas du tout qu’elle nie, se tait, ne bouge pas. Tout en elle lui fait croire qu’elle est bien une société, en train de vivre, progresser et même s’amuser, pourquoi pas. Tout. Le temps passe, les enfants grandissent, comment pourrait-elle croire qu’en fait, non ? Tout en elle, par individu, jurerait avec la meilleure foi que tout ne cesse de bouger, et même d’aller de plus en plus vite, c’est vrai, c’est là, les preuves sont indénombrables : alors comment imaginer qu’absolument pas ? Que le statisme est uniforme ? Que le progrès est un leurre ? Au-delà de ce que le bon sens commun rabâche « tu parles d’un progrès, c’est dix fois plus compliqué/lent / on dit que c’est le progrès mais il n’y a rien qui change. »
Et c’est une autre problématique si on tente de présenter le concept de société totalitaire : la plupart des esprits associeront cette information à la critique générale connue, et très peu récente, qui se conclut toujours par un « c’était mieux avant ». Mais surtout, concernant les dernières décennies, c’est l’individualisme, l’égoïsme des « gens », et même le capitalisme, qui sera confondu avec le concept de totalitarisme sociétal. Spontanément, la société associera les grandes tendances et acquiescera avec évidence, et d’autant plus que, finalement, n’importe qui pourra disserter sur les thèmes : le repli des gens / le manque d’engagement / le chacun pour sa gueule / les gens te marcheraient dessus si tu tombais / les gens, c’est des moutons /personne n’en a plus rien à foutre de personne /les gens ne pensent plus qu’à consommer/ les gens sont infantilisés, abêtis / je ne sais pas où on va, mais on y va. On accusera, avec nostalgie « The Neon God » (le dieu néon) de Simon & Garfunkel (The Sound of Silence). L’ensemble existe dans sa version type « tribune », toujours un peu mieux dit mais sûrement pas moins standard, et souvent, plus habilement, incluant l’avenir pour ne pas incriminer le présent, ainsi mille fois l’an on entendra et lira « notre société /époque a de grandes interrogations / nous vivons un temps d’incertitudes / j’appelle les Français à se réconcilier ».
Il existe une critique plus récente pour expliquer un état sociétal, que le sénateur Malhuret, avec une bêtise crasse, sûr de sa verve inédite, aura encore listée : c’est celle des réseaux sociaux, de la consommation à distance, la totalité du système « internet », couplé avec les pourvoyeurs de support à cette extension, portables, ordinateurs. Tout vient de là. Et une fois qu’on a dit ça ? D’un bar PMU au Sénat à Répliques sur France Culture ?
Comment alors, joindre la société totalitaire et lui parler de son état de société totalitaire sans que dans la seconde la société tout entière soit en train de parler jusqu’à la saturation, dire la sienne avec conviction, puisqu’elle ne se rendra pas compte qu’on n’entend, qu’elle n’entend, qu’un immense silence ?  Il faut « mettre en scène » la citation d’Orwell ? Il faut « créer » une distance entre « quelque part » et la société, il faut « créer » que la société soit en train de dériver, « créer » qu’elle s’aperçoive qu’elle dérive, et grâce à cette distance, lui faire admettre que ce lieu dont elle s’est éloignée : c’est la vérité, sa vérité, comme elle devrait être, sainement ? Sûrement pas, parce que c’est entre autres ainsi qu’a été constituée la société totalitaire. On lui a désigné une vérité « créée » si bien mise en scène qu’elle y a cru.
En théorie, c’était sans solution. Il fallait donc regarder la société, inerte, être conduite de façon insensée. Et parce que nous sommes en 2019, l’observer découvrir, trop tard, ce qu’elle aurait massivement détruit. Mais il y a eu le mouvement Gilets Jaunes. Et son concept, bien qu’absolument pas entériné, n’a pas été totalitarisé : parce qu’il ne peut pas. Il est donc un lieu en dehors de la société, d’où il a rejeté les médias, le monde des idées, la culture et évidemment la politique actuelle. Il a libéré sa place. Que ce soit lui qui dérive ou tout le reste de la société, qu’il se sache vérité ou pas, ce n’est pas un souci, c’est déjà incroyable qu’il représente une scission, une indépendance, dans la société, qu’il ait brisé sa « totalité ». Et que ce fait ait été, naïvement, parfaitement confirmé, par tous les médias, le politique, la société elle-même. La société totalitaire a bien admis qu’un bout d’elle s’était détaché d’elle. Elle est loin de comprendre que c’est sa chance, mais bon.
La réaction de la société a été particulièrement intéressante : en tant que société totalitaire, elle n’a pas bougé, elle n’a pas rejeté, elle n’a pas cautionné. Même pendant les pics de violence, d’injustice flagrante, on ne peut vraiment pas dire qu’elle ait fait masse, d’aucun côté ou d’un autre. …Mais elle a pris, infimement, presque secrètement, parti pour les Gilets Jaunes. Elle ne peut pas dire, réellement, pourquoi ; ses arguments étaient murmurés très bas et très primitivement. L’ensemble de la situation, de toute façon, manquait si cruellement de puissance d’arguments (et en manque toujours) que la société n’allait certainement pas les élaborer seuls. L’ensemble de la problématique du mouvement Gilets Jaunes est toujours à un stade particulièrement primitif, mais peu importe : la laque miroir de la société s’est troublée, une tâche est apparue. Elle ne forme pas encore un motif, mais son exception est considérée, en mémoire, et mieux : tolérée comme sans résolution aucune, encore. Non totélitarisable.
Finalement, le mouvement Gilets Jaunes, de façon pratique, n’est plus qu’échantillons, mais pas pour la société qui est parvenue à le figer si ce n’est en concept, disons : en gabarit. Elle parvient même à reconnaître que d’autres mouvements dans le monde tiennent du même modèle ; elle conçoit qu’ils proviennent tous, quelque part, du même patron, dont elle serait incapable de décrire les contours, mais elle ne met pas de côté qu’il soit taillé pour l’avenir.
Elle oscille devant un doute qu’elle n’a plus ressenti depuis tellement longtemps que c’est difficile pour elle de le systématiser, mais peut-être bien que tous ces mouvements, ici, en France, et au loin, sont vérités. C’est sa conscience qui lui souffle ce doute.
Toujours suivant Orwell, la société totalitaire a reconnu, de très loin, comme derrière un immense brouillard, que les Gilets Jaunes s’étaient attiré de la haine. La société l’a entendue, dans les médias. Pour le peu qu’elle s’est sentie en commun avec les Gilets Jaunes, je crois qu’elle a perçu que cette haine était aussi contre elle. Je crois aussi que celle qu’elle a ressentie, peut-être, contre les excès du mouvement, a trouvé soudain une tonne d’autres raisons pour s’alimenter, qui n’avaient rien à voir, mais qui tout d’un coup ont afflué, et qu’elle s’est effrayée seule. Je crois que la société a commencé à percevoir, brièvement, mais quand même, son totalitarisme, et qu’il lui a inspiré de l’effroi. Je crois qu’elle a le plus vaguement qui soit compris qu’en cas de problème, que s’il arrivait quoi que ce soit : elle serait seule, ou coupable, sans recours, je crois qu’elle s’est comprise paralysée, acculée, même si elle ne sait pas pourquoi ni comment, et qu’elle a compris que c’est TOUT ENTIÈRE, sans pouvoir rien faire contre elle, qu’elle pourrait plonger, chuter, se foutre en l’air pour des années.
De même, elle a compris que RIEN, en elle, ne la préserverait de ça, en aurait-elle conscience. Elle a peut-être commencé à percevoir son inertie, totale, et que quoi qui bouge d’elle, l’emporterait. Ce que n’a pas fait le mouvement Gilets Jaunes qui ne l’a précipitée nulle part : indépendant.
C’est très flou, et c’est vraiment de l’ordre du sentiment, les seules preuves de ça sont la tristesse, le silence et l’inertie de la société. Le silence et l’inertie sont faciles à reconnaître et mesurer, la tristesse est plus subtile à percevoir. Mais la société tout entière est quand même capable de dire « oui, je suis triste. » Si on lui donne l’occasion de le dire. Oh, « en colère contre le terrorisme », « scandalisée, choquée par le racisme ou l’antisémitisme » «triste pour des morts, un attentat » ça, elle le clamera sans problème, elle ira même en massif troupeau manifester haut et fort ces sentiments-là :  «  je suis ci, je suis ça ». Mais dire « Oui, je suis triste. » ? Et qui lui posera la question ? Et qui l’entendra si elle ne produit que du silence ?
Triste, ce n’est pas dépressif. C’est après la dépression. La tristesse, c’est une sorte d’usure, la marque d’un épuisement. Je crois que la société serait soulagée de pouvoir le dire. Mais à qui ?
Ici, je voudrais juste tenter, en exemple, de tracer une ligne ultra-rapide, démonstrative, pour expliquer comment le silence et l’inertie deviennent les motifs récurrents de la société totalitaire. Il n’y a évidemment pas une cause, mais des milliers, toutes liées et dépendantes les unes des autres, à la constitution d’une société totalitaire. Mais il faut bien commencer par en tirer une. De même, ce n’est pas le lieu, ici, d’exposer la recherche qui aboutit à cette démonstration : la recherche se fait en partant d’un constant aujourd’hui, en le considérant anormal, conséquentiel et en remontant dans le temps et dans l’espace pour trouver ses causes. Enfin, je pars d’un point, mais il n’est pas le premier du tout. L’essentiel est le segment de causalité jusqu’à « silence » et « inertie ».
Les philosophes, depuis plus de 30 ans, quelque part 50, ont pris soin d’injecter eux-mêmes le poison du totalitarisme à la pensée, au monde des idées. Les philosophes, ou affiliés, intellectuels, de tout bord, ont commencé par prévenir que la pensée n’allait pas bien ; ils ont ensuite statué qu’elle était tiède, et molle ; ils ont après ça déterminé qu’elle cédait la place aux experts et expertises par catégorie d’analyse. Ensuite, ils ont déterminé en quoi la pensée ne pouvait plus être globale, à la façon de celle des Humanistes, puis ils ont sifflé une fin des traitements, indiquant définitivement sa « défaite » ; ils sont allés jusqu’à diagnostiquer sa fin et la suivre en soins intensifs pour noter chacun de ses déclins et le décrire avec un nombre important de livres et essais, interviews. Ils l’ont veillée, longtemps. Je suppose que pour s’occuper pendant cette veille, ils lisaient les magazines et que ça les a inspirés parce qu’ils ont tous décidé qu’en attendant qu’elle crève dans son mouroir, ils allaient prendre des postes pérennes dans les journaux féminins, et ceux qui se font appeler des quotidiens mais reviennent un peu à des magazines de tendances.
Les constantes de la pensée, déjà à peine capable de respirer seule, ont dégringolé dès le 11 septembre 2001. La pensée a été accusée, pour la deuxième fois, la première après la seconde guerre mondiale, de ne pas avoir prévu l’horreur. Rien de rien de rien pour annoncer ça, encore une fois : il n’y avait plus qu’à récupérer le boulot après elle, alors que tout était en décombres : c’était l’affaire des déblayeurs, des spécialistes.
Les étiquetés penseurs, en 50 ans, ont sorti leur propre matière de ses droits et devoirs, de son Histoire, pour la considérer totalement plus liée à rien, ni l’Humain, ni le Temps, ni l’Art, ni l’Histoire, ni même dieu. Ils l’ont neutralisée, castrée, privée de tout affluent et se sont ensemble mais sans étonnement mis d’accord sur le fait qu’elle s’éteigne, refroidisse et agonise.
Tandis qu’ils euthanasiaient par défaut leur outil, sur des décennies, une place s’est donc trouvée vacante : celle de la pensée. Elle a été investie, ça a été dénoncé avec regrets par les mêmes philosophes, par les experts, mais aussi par la Culture, celle qui avait le plus d’affinité avec l’environnement du monde des idées. La Culture étant liée aux médias, elle n’a eu aucun mal à s’étendre à l’aise dans cette nouvelle place et à faire passer ses mots à une échelle rarement atteinte par les penseurs, pour de l’idée, du concept, de l’analyse, et de la vision, élisant même son prophète au passage.
Puisque, depuis 68, la Culture fait autorité, n’a comme devise qu’être accessible à tous, et même comme devoir, et presque comme droit, aujourd’hui, tyrannique, qu’on le veuille ou non, (mais la société le veut bien puisqu’elle ne sait pas qu’elle le veut ou pas) : la place qu’elle occupe, évidée par les « penseurs », est « publique ». Chacun, tous, toute la société, est en droit et doit, impérativement, en bénéficier. L’agora est un espace ouvert et chacun doit pouvoir y parler, à égalité. La Culture bénéficie d’une série de lois, parfaitement établies depuis 50 ans, qui doivent servir de modèle à tout dans la société, car la Culture est pour tout et doit être partout. Ces lois sont simples : d’abord, elle refuse qu’on lui impose quoi que ce soit, il est interdit d’interdire, elle ne tolère pas l’intolérance, il est hors de question de marquer la moindre différence car tout se vaut, critiquer est juger, la critique a le droit d’être unitaire mais ne doit pas faire l’objet de réunion non déclarée d’office classée comme ennemie de la Culture. Et la liste est longue et garante de la protection de la Culture, donc de la personnalité, des racines, de l’Histoire d’un pays, d’une nation.
La Culture s’enseigne, doit être enseignée, doit dominer, car elle est liberté. Elle doit donc être infiltrée dans tous les domaines de l’Éducation, qu’ils soient impropres à être enseignés comme des libertés est impensable, car la connaissance est liberté, et la connaissance est la Culture. Géographie, sciences, mathématique sont de la Culture. Pour répondre aux critères stricts de la Culture, ses mêmes matières doivent donc être détachées de quelconque classement et de même pour l’ensemble de l’Éducation, ainsi plus de notes, plus de régulation, plus de hiérarchie, ni rien qui parle de dessus, ou ça induirait un bas. Tout est égal, donc l’un à côté de l’autre. Cette présentation sous forme de tapis roulant de resto japonais : à volonté, implique la volonté de ceux qui consomment : les élèves. Chacun d’eux est donc, par devoir et par droit, obligé à la liberté du choix et les critères de leurs choix sont sans importance, car la Culture, qui est Éducation, est liberté.
L’agora envahie par la Culture, dans laquelle elle a intégré l’Éducation, offrant un haut-parleur gratuit à quiconque le demandait, s’il prouvait qu’il respectait ses lois, a su s’étendre aux producteurs amateurs de la Culture, puis très vite, à n’importe qui, car n’importe qui est, quelque part, créateur de lui-même, artiste, auteur, et avant tout : libre. Et aussi sec, avec évidence, l’agora s’est étendue aux enfants de ce n’importe qui. L’agora est devenue, en 50 ans, la société totale, toutes générations confondues, au propre « confondues ».
La société, chacun de ses éléments, n’a désormais plus à « se rendre » à l’agora pour prendre la parole. L’agora « est » toute la société. Il n’y a plus de translation, plus de différence entre le lieu total et le lieu d’échange, même commercial, ni d’individualisation de la parole où on devait laisser et écouter l’autre parler. La société est, en elle-même, le lieu où elle peut parler, donner son opinion, et protester et échanger même commercialement. Elle doit laisser parler tout le monde et l’écouter.
Le politique siège à l’agora, il est un des garants de cette place où la parole a un droit égalitaire et peut lui être destinée. L’agora accueille aussi la pensée, le commerce. Comment voir, alors, aucune différence entre une agora, zone définie à l’intérieur d’une société, et une agora-société ? À part qu’il n’y a pas à s’y rendre, aucune différence. Particulièrement pour une démocratie, une république : par définition la « chose publique » appartient au peuple.
La société a donc atteint sa totalité démocratique. Elle est tout entière démocratie. Il lui est même impossible, et refusé, car elle se prouvera en permanence à elle-même, de chacun de ses éléments, qu’elle « est » démocratie, de ne pas le reconnaître.
Dans son agora, soit en elle, sa liberté est celle qu’elle a voulue, et elle est en droit d’en parler à l’infini, c’est même un devoir, quand on est élève. La démocratie est démocratisée et démocratique, démocratisante, c’est indéniable.
Par la force s’il faut.
À l’évidence pure, donc, si toute la société ne dit rien, c’est que toute, elle consent. Si TOUTE la société ne se lève pas, c’est que TOUTE elle suit. Si TOUTE la société n’est pas dans la rue, c’est que ce qui est dans la rue est antisocial Et DONC anti-démocratique.
C’est sans choix, c’est non discutable : c’est antisocial et antidémocratique, point. Il n’y a même plus à parler d’exception, l’exception ne peut plus exister dans une société démocratique où culturellement il est non toléré d’être intolérant. Il ne peut pas y avoir de problème « particulier » puisque toute la société admet la totalité de ses particularités qui peuvent exister à égalité et librement. Il ne saurait être question d’éthique puisque la société est l’éthique. La société est tout. Tout. Elle s’est donné ce droit de décision sur elle-même : exister dans sa totalité, avec un droit de parole illimité, partout en elle.
Aucun élément de la société ne peut se dire « personne ne bouge, mais j’irai seul. » Ce n’est plus possible, dans une société totalitaire. C’est tout le monde, ou personne. Pourquoi quelqu’un quitterait un état de liberté totale et construite, organisée de a à z et soutenue par l’État ? À part un fou, un terroriste ? D’ailleurs : aucun intellectuel ne soutient ceux qui commettent le crime de l’écart avec la société. D’ailleurs, le milieu culturel ne suit jamais non plus. Et on voit bien comment réagit l’État, quand quelqu’un fait ça : il le punit, il le condamne, à mort s’il faut, et il est alors soutenu par les intellectuels et la culture ne bronche qu’avec une moue d’une seconde.
Voilà une ligne causale entre l’abandon de la réflexion par le milieu intellectuel et l’agora totalitaire : une société dans l’incapacité de lever la voix et de bouger, parce qu’elle est librement une démocratie ultra-aboutie en tous ses éléments.
Cette ligne aboutie a un état difficile à remettre en cause : ultra-démocratie ou pas, c’est bien une démocratie. Par contre, la façon dont elle a été façonnée, elle, n’est pas démocratique, n’est pas un choix sociétal du tout, ni politique. Il n’y a pas eu d’élections, d’ailleurs, mettant en place l’exécution de ce programme-là. Et au final, la société ultra-démocratique, totalitaire, obtenue, ne vote plus. L’Histoire a enregistré le déclin de son engagement politique, une fois, deux fois très près de l’extrême droite, il va y avoir une troisième fois. Dans la ligne décrite, la politique n’est pas exactement actrice de la constitution du totalitarisme sociétal. Elle a été conseillée, et elle a écouté, ainsi qu’elle doit. Qui l’a conseillée ? Qui a-t-elle écouté ?
Où en est-on, aujourd’hui ? Quelqu’un conseille ? Personne. Quelqu’un a un programme ? Personne. Plus besoin. Quoi qu’on propose à la société sera totalitarisé. On ne peut quand même pas reprocher au politique actuel de s’être débarrassé de la Culture et du monde intellectuel : les deux vont parfaitement bien, épanouis. En osmose avec lui. Aucun contre la situation. Personne ne s’irrite, personne ne monte le ton, personne ne hurle, suffoqué d’indignation ou de rire. Et qu’on ne me parle pas des quelques archaïques qui protestent avec un langage passéiste. Il n’y a personne, c’est tout. Et il est facile de comprendre pourquoi si on considère que le système intellectuello-culturel a créé et propagé le totalitarisme sociétal. Quelle société irait lutter contre ses intellectuels et sa propre Culture en anticipant qu’ils vont la ruiner ?
Dans cette configuration aux éléments répétitifs, l’apparition du mouvement Gilets jaunes est en tout incroyable. Ce qui, en lui, lui a autorisé cette scission est un autre sujet. Ce qui compte ici c’est qu’il remet en cause le bien-fondé de l’état de la société et qu’il la fait douter, qu’il représente, indéfinie, une zone de vérité, que la haine qu’il a attirée, et qui parfois l’aura tué, a été reconnue par la société. Et que la société l’a figé, avec une bienveillance à peine plus que neutre, mais là, en gabarit. Il manque beaucoup pour qu’il devienne un modèle à reproduire, vraiment énormément. Mais sans le mouvement Gilets Jaunes et sa tache qu’elle ne cherche pas à effacer sur le lisse miroir de la société, cet article aurait été impossible à écrire. Il n’aurait eu droit de cité nulle part.
Les Gilets jaunes ne feront pas bouger la société, ils ne lui ouvriront pas le cœur pour qu’elle livre enfin sa tristesse, il faut infiniment plus, mais la société ne les a jamais bannis, et elle n’a pas cautionné l’action de l’État ; elle n’a rien dit, mais elle n’a pas rejeté. Les Gilets Jaunes sont restés à part elle, mais en elle et figurent à nouveau une agora qui n’est pas la société tout entière, mais un lieu en elle ; la société a agi contre celle qu’elle était encore le 16 novembre 2018. C’est tout ce qui importe, pour l’instant.

À demain.

* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot : 10_PATTERN [motif (design, déco), marque (sur animal) | modèle/méthode (industrie, contrat) | échantillon /coupon /gabarit /patron | disposition /configuration /arrangement /système (d’éléments) standard ou répétitif/récurrent (chimie, nature, analyse, médecine)]
Demain :
11_SNOW [Neige, neiger, enneiger | tromper/embobiner (quelqu’un avec trop de paroles), rouler dans la farine | noyer/enterrer sous (trop de paroles, d’informations) | cocaïne]

** seule version de Blanc reconnue :
l’ultime, en numérique, publiée par 17SWORDS,
voir clairecros.com

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