Article rédigé dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS. Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
1_RING [anneau | bague | sonnerie | ring (boxe) | réseau ]
La société totalitaire, et soudain, les Gilets Jaunes. [1/31 #Inktober]
Le concept de « société totalitaire » a été avancé en France pour la première fois il y a 15 ans, dans une configuration culturelle et intellectuelle telle qu’elle ne pouvait que le faire ignorer donc nier, mais ainsi validait définitivement sa démonstration.*
Depuis, comme prévu, l’espace intellectuel, culturel et médiatique, a poursuivi son tri avec une nonchalance cynique et enfin, sans plus aucun opposant ni sécessionniste potentiel, sans plus un appel d’air possible vers l’inédit et le contemporain, absence dont il aurait dû par nature s’inquiéter, il s’est encore resserré et abaissé, systématisé et soudé sur lui-même, préservant un réseau court, parfois très aisé, péniblement accroché à ses mythes, maniant le symbole et un vocabulaire scolaire voire d’un dix-neuvièmisme pathétique pour toute thèse, n’admettant comme contradiction que celle qui puisse lui offrir l’occasion, sur le ring qu’il aura seul choisi, d’une agressivité hystérique, pompeuse et égotiste, de moindre effort, et à la condition unique qu’elle provienne de ses propres rangs et ne concerne que ses rangs, sujets et objets de batailles parfaitement ridicules, has been depuis 30 ans.
La composition actuelle de la matière intellectuelle et culturelle est hétérogène, de tout et n’importe quoi, de droite, de moindre gauche, des deux extrêmes, d’un centre énorme mais négligeable car naïf, voire niais, ni technocrate ni scientifique ni ambitieux ni rien, massif mais sans forces, lent et muet, aveugle, sourd, insipide. Pourtant, l’ensemble constitue tout de même un tout définit par ce qu’il cerne : un vide d’une dangerosité difficilement dénonçable puisque c’est ce qui forme son enceinte même qui devrait s’en charger.
L’affaissement de la réflexion et son addiction au mépris ne sont pas des conséquences à la constitution d’une société totalitaire, mais parmi ses causes ; c’est dans un second temps, une fois la société s’enroulant dans son propre système de totalitarisation qu’elle a commencé à confondre causes et conséquences, au point de faire repasser ses causes devant elle, et les muter en conséquences. Personne n’a freiné ce mouvement, ainsi absout de toute accusation et embrassant la carrière de victime. De quoi et qui ?
Les veilleurs sur lesquels comptent encore la société sont ceux même qui l’ont conduite à un état dont le premier symptôme est que cet état soit inconnu à tous. Il ne peut pas être révélé de l’intérieur. Une société totalitaire est incapable de se définir seule comme telle, incapable de trouver en elle de quoi s’extraire de son inertie ; par définition elle est totale, donc totalement fonctionnelle, leurre à elle-même, son monde lui semble exister, varié, multiple, la vie même s’emploie discrètement à créer de l’exception dans sa matière, de l’imprévu, des chocs ; rien en elle ne saurait l’alarmer. Et ses grands observateurs et lecteurs sont sans doutes, donc tout va bien. Il semblerait même qu’ils soient en voie d’extinction, et ne manquent pas tant que ça, c’est qu’il n’y a aucun problème, c’est que tout va bien, sauf, évidemment, ce contre quoi on ne peut rien, le « c’est comme ça », les aléas.
Une société totalitaire est un état sociologique, psychologique, physique, totalitaire, elle est en elle-même un « état totalitaire », antérieur à l’installation d’un régime totalitaire que non seulement la société totalitaire va tolérer parfaitement, mais initier, promouvoir, puis installer et ensuite développer, en alliée, de neutre à volontaire sans volonté.
Cette société ne peut, au mieux, que ressentir une vibration passagère de lucidité et aussi vite se convaincre que rien n’existe qu’elle, rien n’existe que sa propre réalité, celle qu’elle croit vivre, voir, expérimenter, démontrer de sa seule présence. Et même un enfant ne suffit plus à retenir une seconde de plus et de trop, une vision.
Une société totalitaire ne souffre pas parce qu’elle ne sait plus reconnaître la douleur, elle n’est jamais triste, ayant tant condensé le range de ses sentiments qu’elle les mélange ; elle s’est habituée à la perversité, à l’injustice, à l’humiliation, à la solitude, parce qu’elle ne connaît plus la différence entre une foule et un individu, entre le bien pour un seul et pour tous, la jeunesse et la vieillesse ; l’insupportable lui est une notion floue, la responsabilité a quitté ses nerfs, eux-mêmes las, entièrement déroulés, traînant, quelque part, jusqu’à faire tomber, parfois.
Parmi elle, un silence la cautionne, celui de ceux dont le travail même, à des postes fixes et reconnus, payés le plus souvent pour ce travail, est de veiller sur sa nature, sa composition, ses faits et gestes, sentiments, ses mémoire et histoire immédiates, ses langages oraux, écrits, ses mouvements, et d’organiser grâce à des connaissances lourdes, acquises, diplômées, cette veille pour la confronter toujours à l’Histoire, à la Mémoire, aux Langages, et la projeter, la tester, dans l’avenir, comme permanent et prioritaire sujet de recherche.
Personne ne dit rien, personne ne lutte, personne de sérieux, de reconnu, d’élevé, de cultivé, d’élu s’il faut par des académies. Personne. Donc tout va bien, à part la vie, ses aléas.
La société se pense entourée d’un anneau de bienveillance, d’égards, d’une surveillance autorisée par elle-même, en laquelle elle aurait tant confiance qu’elle admettrait même que ses sagaces matons viennent fouiller son intimité, pour son bien. Une société totalitaire se désire baguée par l’État qu’elle installe, pour se croire unique, et suivie, étudiée, sans relâche aidée, améliorée, soutenue, tout son parcours reconnu. Jamais perdue, croit-elle. Jamais perdue. Sa confiance est si totale qu’elle est elle, tout entière, la société tout entière, et ainsi pour tout ce qu’elle peut exprimer, qu’elle n’exprime pas, puisqu’elle l’est déjà. Elle est l’anneau de surveillance, et elle est ses matons ; elle est son avenir, déjà, ne va donc au-devant de rien, elle pense son passé sans relâche disséqué et préservé, ne recule donc jamais, ne se retourne pas. Tout est connu, aucun mystère, sauf les aléas de la vie, peut-être.
Elle n’attend aucune sonnerie pour se ranger, se coucher, se lever, manger, se reproduire, s’aimer, elle est la sonnerie, perpétuelle, qu’elle se range, se couche, mange, se reproduise, s’aime ou pas, peu importe, elle est la sonnerie, une sonnerie absolue : réveil, récréation, cloches de Notre-Dame, un train arrivant en gare, mail, sms, des milliards d’appels et de notifications, four micro-ondes : la même sonnerie. Que la conscience sonne de façon distincte est une ineptie constitutionnelle puisque tout a et est même sonnerie.
Pour toute infraction à son immobilité : la vie, ses aléas. Le malheur, dont elle ne sait plus rien, ni général, ni privé, ni en paysage, ni isolé, puisque personne, jamais, n’en parle ou pour le louer comme un état stable, entériné, serein, médiocre donc normé, rassurant.
La conséquence au totalitarisme de la société la plus infime, évidente, et forcément très vite la plus vénéneuse à cause de son placement et de son pouvoir, est un Macron, à l’élection historiquement et sociologiquement, culturellement, sans aucun mystère et certainement pas la moindre stratégie, elle est, comme le reste, c’est tout. Un Macron qui est, en tout et pour tout strictement rien, juste une conséquence, mais laquelle, pourquoi, et pour quelles autres conséquences ?
Un tel état sociétal, ignoré de lui-même, leurré par un réseau fin jusqu’à l’atome d’interdépendances donc inscindables, donc justes, dont l’existence dépend de cette ignorance, devant lequel personne ne hurle d’effroi, personne ne panique, personne ne pleure, pour lequel personne ne parle jamais de changement ni de révolution tant l’absolutisme du « c’est comme ça » n’est même plus apparenté à de la « fatalité », tant l’avenir est déjà là et déjà oublié, tant ça fait si longtemps que rien ne sert à rien qu’on a oublié que quoique ce soit ait servi un jour : un tel état demande des décennies pour se mettre en place. Décennies à démultiplier par le nombre de générations sociologiquement distingables entre elles tous les 5 ans et à redémultiplier par les interactions entre chaque génération reprenant un écart parental.
La société totalitaire en France a mis 50 ans à se former, s’annelant sur elle-même, vers sa moyenne basse, inexorablement, et l’aide internationale à cette formation hélicoïdale est passablement faible. Le cas résulte presque uniquement d’une dégénérescence auto-immune.
50 ans concernent exhaustivement toute la population. 50 ans de vie adulte pour tous les babyboomers. En 50 ans, aucune voix dominante, ni intellectuelle, ni culturelle, soutenue par une autre médiatique, n’aura su analyser les causes, prédestiner les conséquences, braquer avant l’immense grincement des 15 dernières années annonçant une immobilité létale et l’exploitation conséquentielle logique d’un état sociétal au niveau du politique, sa traduction en régime totalitaire analysable comme tel sans jamais, jamais, le faire quitter son propre temps : le XXIe siècle. Une comparaison historique hors concept pure est nulle et non avenue.
Et soudain, les Gilets Jaunes. Soudain, 0,6 % de la population sort de la tornade fixe. Et la masse les regarde, les intellectuels, les artistes, les médias, apeurés derrière leurs propres barricades, adossés à leur cher vide, les regardent. Comme des extra-terrestres. Les médias n’ont cessé de titrer plus de dix mois : « À la rencontre des Gilets jaunes », sans comprendre, sans une réponse. Un mystère.
Si personne dans l’interstice sociétal intellectuel/culturel/médiatique ne savait qui était ces 0,6 %, alors qui sait qui sont les 99,4 autres % de la société ?

À demain.

*Article rédigé dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS.
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot : 1_RING [anneau | bague | sonnerie | ring (boxe) | réseau ]
Demain :
2_MINDLESS [ stupide | abrutissant ]
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